Texte : Jean-Yves Leloup
Images : Jean-Yves Leloup, Vincent Moon, Roman Servat, Jake Harper, Stephan Crasneanscki.
Ils piratent les ondes et collectent les sons des villes, des océans et des déserts, composant une musique aux frontières de l’électronica, de l’ambient et du sound art. Cet été, nous avons rejoint le Collectif Soundwalk à bord d’une goélette voguant sur la Mer Noire. Journal de bord, rédigé entre Istanbul et le festival techno de KaZantip.
Parfois routards, nomades ou pêcheurs au grand large, les artistes du collectif Soundwalk parcourent inlassablement la surface du globe. Depuis le début des années 2000, ce groupe new-yorkais fondé par Stephan Crasneanscki, est connu pour ses parcours urbains, ses documentaires et ses fictions sonores dédiés à New York, Paris ou Shangaï, que les auditeurs sont invités à écouter sur un Smartphone ou un baladeur MP3 (on en parle ici). Mais, loin des métropoles, le collectif explore aussi les grands espaces de notre petite planète. Armés de micros et de scanners balayant les ondes, Stephan et ses acolytes Kamran Sadeghi, Simone Merli, Dug Winningham et Jake Harper collectent des sons aux quatre coins du monde. Du détroit de Gibraltar au terrible désert de Rub’ Al Khali, en passant par les routes de l’Europe Centrale, les rives du Gange ou de la Méditerranée. Au fil de ces voyages, ils composent de longues bandes-son méditatives, qu’ils restituent sous forme d’installations et de performances, dans lequel se croisent sons urbains ou naturels, traitements électroniques, chants populaires, personnages rencontrés sur la route ou voix et dialogues captés au fil des ondes.
Écoutez un premier extrait de la pièce Medea, réalisée au fil de ce voyage sur la Mer Noire. Et un second extrait ici.
Leur nouveau voyage sur la Mer Noire fait suite à un autre périple et une autre bande-son, Le syndrome d’Ulysse, mené sur les traces du célèbre navigateur grec au fil de la Méditerranée. « Au cours de ce voyage, raconte Stephan Crasneanscki, nous avions collecté des milliers d’heures de son, de discussions, de musiques, de chants coraniques ou catholiques, d’histoires de clandestins, de trafiquants de cigarettes ou de conversations amoureuses entre marins et femmes restées à terre, afin de créer une fresque sonore contemporaine, un état des lieux du son des côtes, une sorte d’anthropologie poétique, composée de milliers de voix et de langues, de l’Afrique du Nord à la Grèce, en passant par l’Italie et la France ». À l’évidence, ce thème du voyage ou plutôt de la perte et de la dérive obsède Stephan, un artiste nomade flanqué de trois passeports, toujours en partance, débordant de projets et d’idées de voyage, qui ne sent chez lui nulle part, ni à Odessa (ou il est né), ni à Paris (où il a grandi) et pas même à New York (ou il vit quelques mois de l’année). Au fond, l’idée du syndrome d’Ulysse, dont le terme désigne un stress chronique que les migrants peuvent rencontrer lorsqu’il s’installent dans une nouvelle résidence, s’adapte plutôt bien à ce type de personnage, qui semble condamné à errer sur la route ou, ici, sur les flots.








