Global Techno Vol.1.1 : pourquoi une réédition ?

Dans sa première édition, rédigée en 98, sortie en 99 et inspirée de tout un travail journalistique effectué au cours des années 90, « Global Tekno Vol.1 » (Éditions du Camion Blanc) couvrait les origines et la première décennie de la musique électronique. Le texte d’Ariel Kyrou, « Archéotekno », se consacrait à l’évolution de cette musique et de ses techniques, depuis le « Manifeste du Futurisme » de 1909 jusqu’aux premiers balbutiements de la house et de la techno, au milieu des années 80. Quant aux récits de voyages signés Jean-Yves Leloup et Jean-Philippe Renoult, illustrés des photos de Pierre-Emmanuel Rastoin, ils furent principalement entrepris en 1998. Nous avions vécu cette année comme des « Global Techno trotters », au cœur des villes/héroïnes du livre et des communautés musicales qui les composent. Plus inspiré par les récits voyageurs de Blaise Cendrars ou Nicolas Bouvier que du journalisme critique de Lester Bangs ou de l’auto-fiction prônée par ses héritiers, nos carnets de voyages nous on permis de rendre compte, à travers une vision humaniste, de l’émergence entre 88 et 98 de la vague techno. Une déferlante qui depuis les pionniers américains jusqu’à la french touch, transitera par l’hédonisme baléarique puis mutera en révolution rave anglaise, en groove viennois, ou en une machine au formidable développement, en Allemagne.

Introuvable depuis quelques années, souvent cité comme référence en matière d’ouvrages consacrés à ce genre musical (il en existe peu en France1), il était donc temps de rééditer ce livre, à l’heure où une nouvelle génération électronique prend son envol en cette fin des années 2000. Cette réédition, plus abordable et moins luxueuse que le « beau livre » d’origine, comporte en revanche de nombreux bonus, ajouts, précisions et corrections qui rendent l’ouvrage plus complet que par le passé (d’où son titre de « Global Techno 1.1 »). Ariel Kyrou signe une version remaniée de son avant-propos historique, prenant en compte la révolution numérique du début des années 2000. Par ailleurs, de nombreux chapitres possèdent un épilogue dans lequel les auteurs décrivent l’évolution de la scène locale ces dix dernières années et tentent de mettre en perspective l’héritage d’un musicien, la descendance d’un genre ou le renouvellement des pratiques des artistes. Précision : quelques rares chapitres ne possèdent pas d’épilogues, ou seulement de très courts nouveaux textes. A Ibiza en effet, la fête suit son cours sans réelles nouveautés, même si bien sûr la techno minimale ou le rock ont récemment fait leur apparition et si le tourisme et les infrastructures ne cessent de se développer. Quant à Chicago, la house y semble belle et bien morte et n’a hélas peu connu de descendance locale. La house, comme la techno, sont en effet désormais des musiques globales (et ce quel que soit le nom qu’elles portent aujourd’hui), qui ne semblent plus obéir comme par le passé à la même inspiration urbaine, à la même implantation sociale ou géographique. On peut désormais composer en Norvège, une house aussi belle et disco qu’à New York, au Japon, une musique aussi inventive qu’à Düsseldorf et au fin fond de l’Europe de l’Est, une électronique aussi spirituelle qu’à Detroit. La musique se développe de nos jours selon une logique de flux et d’échange, parcourant en quelque clics des milliers de kilomètres le long des réseaux numériques, brisant parfois les particularismes locaux, croisant les influences et métissant les inspirations.

Toutefois, trois nouveaux chapitres ont été rajoutés au livre, en forme de petit bonus et de suppléments destinés aux lecteurs les plus curieux. Le premier est consacré à Sheffield, autre chef-lieu et symbole de l’évolution de l’électronique au cours des années 80 et 90. Le deuxième s’aventure du côté de Tokyo, métropole de l’art numérique. Et le troisième à Montréal, cité québecoise qui a vu l’émergence depuis le début des années 2000, d’une nouvelle génération techno, très éloignée de la tradition parfois pesante de la chanson francophone.

Afin de compléter la lecture du livre, nous avons aussi choisi de publier une petite douzaine d’entretiens, souvent historiques et passionnants, dans lesquels d’illustres pionniers évoquent leurs débuts, leurs pratiques ou leurs expériences. Certains de ces entretiens se concentrent ainsi sur un thème précis, Coldcut et le sampling, Luc Ferrari et sa rencontre avec le DJing, Pierre Henry et sa pratique des platines, Jean-Michel Jarre et son apprentissage au GRM, Juan Atkins et ses inspirateurs ou Kraftwerk et leur métaphore du cyclisme.

Enfin, le livre possède un lexique beaucoup plus complet, et désormais un index qui permet, chose amusante, de montrer que l’on évoque parfois dans ces pages, outre les grandes noms de la techno et les plus célèbres DJs, des figures aussi historiques et variées que le MC5, Jean-Sébastien Bach, Alice Coltrane, Robert Rauschenberg, Claude Debussy, Ornette Coleman, Geronimo, Frank Zappa, Marcel Duchamp ou Patrick Juvet !

Dernier détail. « Global Tekno » est devenu avec le temps « Global Techno ». Aujourd’hui, l’usage du K, lettre à la sonorité martelée, parfois synonyme d’un certain purisme revendicatif, nous paraîssait en effet quelque peu désuet…

1 Citons tout de même les livres de deux des auteurs, sortis depuis et traitant de ce vaste univers des musiques nés du numérique, de la culture DJ et de l’art des bruits : Digital Magma de Jean-Yves Leloup (Scali, 2006), et Techno Rebelle, Un siècle de musiques électroniques d’Ariel Kyrou (Denoël, 2002).

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