"Radio-Activity, it’s in the air for you and me"

Auteur : Jean-Yves Leloup

L’histoire de la musique possède ses tubes visionnaires. Tristement visionnaires.

La pochette du 45 tours publié en 1976, qui connaît un énorme succès notamment grâce à la station Europe 1

En 1975, Kraftwerk chante l’âge nucléaire sur Radio-Activity, un album-concept génial accompagné d’un single qui connaît un immense succès en France (plus d’un million d’exemplaires). Sur fond de cœurs synthétiques et de code morse, Ralf Hütter évoque avec mélancolie le thème de la radioactivité. Les paroles de la chanson, plutôt ironiques (« Radio-activity, it’s in the air for you and me, tune in to the melody ») font référence à cette menace invisible et pourtant bien réelle, qui semble flotter dans les airs. En Allemagne, l’époque est en effet à la contestation de l’énergie nucléaire, portée par un puissant mouvement écologiste et pacifiste, qui deviendra plus tard le parti des Verts (Die Grünen).

Seulement voilà, selon leur biographe Pascal Bussy (auteur de Kraftwerk, le mystère des hommes-machines, paru au Camion Blanc), quelques grincheux ne captent pas vraiment l’humour du groupe, surtout que celui-ci apparaît dans certaines de ses photos de presse, visitant une centrale nucléaire, équipé de blouses blanches. Pour un groupe aussi perfectionniste en matière d’esthétique comme de communication, la réception du single est considérée comme un échec. En 1991, lorsque la formation de Düsseldorf publie The Mix, un best of remixé de ses plus grands tubes, Ralf Hütter revoit entièrement les paroles. « Radio-Activity » devient alors un titre écolo, techno et militant, porté par un beat plus appuyé (et magistralement remixé par François Kevorkian), dans lequel il évoque les catastrophes de « Tchernobyl, Harrisburg, Sellafield et  « Hiroshima » ainsi que la « contamination et la mutation des populations ».

Désormais, lors de leurs concerts, les Kraftwerk ont même entièrement remanié l’intro du morceau, qui, d’une voie robotique, alerte le public sur les dangers de la centrale britannique de Sellafield 2, porteuse d’une formidable puissance de destruction.

Fait étonnant, les Kraftwerk ne sont pas les premiers musiciens à dénoncer les dangers du nucléaire. En 1962, l’ingénieur et compositeur allemand Herbert Eimert (1897-1972), fondateur du Studio de Cologne, signait l’un des premiers chef d’œuvre (expérimental) de la musique électronique avec Epitaph Für Aikichi Kuboyama, dédié à ce japonais ordinaire, décédé en 1954 suite aux radiations émises par l’explosion de la première Bombe H américaine, testée sur l’atoll de Bikini. Un titre hanté, aux résonances lugubres, qui annonçait avec quelques décennies d’avance les tragiques événements que nous vivons aujourd’hui.

3 Responses to “"Radio-Activity, it’s in the air for you and me"”


  1. 2 personnage 26 avril, 2011 à 6:19  

    « Epitaph Für Aikichi Kuboyama, dédié à ce japonais anonyme »… Comment peut-il être anonyme puisqu’il s’appelle Aikichi Kuboyama ? :-D
    Article très intéressant, à part ça, merci !

  2. 3 Jean-Yves Leloup 26 avril, 2011 à 6:27  

    Ah oui, bien vu. Je voulais dire plus simplement un personnage ordinaire. Il s’agissait, selon mes informations, d’un opérateur de radio parti pêcher en haute mer.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s





Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 52 autres abonnés

%d bloggers like this: