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Musique Plastique (1)

Texte : Jean-Yves Leloup
Version intégrale de l’article publiée dans le numéro de mai 2009 de Tsugi.
Image : Etienne de Crécy live. Dispositif visuel de Exyzt. Photo : Yves Malenfer.

Au-delà du Vjing et des projections parfois bien pauvres qui viennent accompagner nos artistes favoris sur scène, une nouvelle génération d’artistes, qu’ils soient plasticiens, graphistes, vidéastes ou architectes, est en passe de révolutionner la notion de live. DJs, laptop, guitare, basse et batterie laissent en effet de plus en plus la place à une forme inédite de concerts multimédias et à ce que l’on nomme désormais, la musique visuelle.

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Ecrans scintillants et démultipliés, mises en scène poétiques et lumineuses, dialogues entre musiciens et images vidéos, shows hypnotiques et installations immersives… c’est comme si un vent nouveau de créations audiovisuelles soufflait sur la saison des festivals qui s’ouvre en ce printemps 2009. Que l’on évoque les récents festivals Nemo, Exit et Vision’R organisés en Avril à Paris et en région parisienne, les prometteurs Bains numériques à Enghien, Territoires Electroniques à Aix ou bien sûr Mutek et Elektra à Montréal, on ne compte en effet plus ces spectacles d’un nouveau genre, dans lesquels la musique, les architectures d’écrans et la mise en scène semblent occuper une part égale. Au-delà du simple graphiste ou VJ invité à illustrer le travail d’un DJ ou d’un producteur, il s’agit bien ici de « concerts audiovisuels », puisque tel est le terme désormais admis, conçus dès leur origine comme un véritable dialogue entre son et image.

Digital Performers
Le genre a même ses deux pionniers, les réputés Ryoji Ikeda et Carsten Nicolaï, dont le parcours atteste bien de cette double nature sonore et visuelle. Venus à la fois de l’électronica, mais aussi du spectacle vivant et de la danse (pour le Japonais) ou de l’univers de l’art contemporain (pour l’Allemand), ces artistes ont imposé depuis le début des années 2000 de puissantes performances scéniques, ainsi que de nombreuses installations, dans lesquelles ils proposent un travail de visualisation de leur électro ultra minimaliste, et une mise en musique de formes abstraites et géométriques créés à l’aide de leurs laptop, rappelant cet univers de données numérique dans lequel nous sommes quotidiennement immergé. Ayant largement écumé les scènes françaises (ils font chaque année salle comble au Centre Pompidou) ou même internationales, ces deux laborantins semblent ainsi avoir créé dans leur sillage, une esthétique, une scène, une culture même, dans laquelle de nombreux héritiers et suiveurs se sont engouffrés, sans pouvoir toujours rivaliser avec leurs aînés. Car malgré le caractère spectaculaire de ces performances, il faut bien avouer que de nombreux artistes peinent encore à dépasser le stade du graphisme animé, leur images époustouflantes se révélant parfois incapables de jouer avec le temps ou de solliciter une quelconque identification de la part du spectateur. Continuer la lecture ‘Musique Plastique (1)’

Musique Plastique (2)

Cinéastes DJs et musique visuelle ont rendez-vous au festival Bains Numériques 2009.

Rinocérôse mis en scène par Electronic Shadow
Bonne nouvelle, la 4e édition de Bains numériques, festival international des arts numériques organisé en juin prochain au Centre Des Arts d’Enghien-Les-Bains (à 10mn de Paris en RER), devrait constituer une occasion unique de découvrir à quoi ressemble cette nouvelle vague de concerts audiovisuels et de perfos multimédias. Le 5 Juin, c’est le cinéaste britannique Peter Greenaway (oui oui, l’auteur de « Meurtre dans un jardin anglais » et de « Zoo ») qui, aux commandes d’un film live et digital, ouvrira le bal grâce à une représentation exceptionnelle de son Tulse Luper VJ Tour. Le lendemain, place au montréalais Herman Kolgen, dont les vertigineux spectacles produits avec son acolyte Skoltz, ont déjà fait les beaux jours de nombreux festivals numériques, Mutek en tête. Enfin, les 12 et 13 juin, organisé en plein air sur le très beau Lac d’Enghien, Etienne de Crécy et les artistes-architectes d’Exyzt proposeront une nouvelle création audiovisuelle, suivie de Futurinô, le show très attendu de Rinocérôse et des architectes et artistes multimédias d’Electronic Shadow.

Du 5 au 13 juin. Entrée libre pour toutes les manifestations.
www.bainsnumeriques.fr

THE VIRGIN (RECORDS) SUICIDE

Version complète de l’article publié dans le magazine Tsugi du mois d’Avril 2009. Enquête : Jean-Yves Leloup

Du prog-rock à Daft Punk, en passant par les Sex Pistols et la new wave, des seventies planantes jusqu’à la crise du numérique, Virgin Records a constitué l’un des plus puissants labels indépendants, ou l’une des majors les plus audacieuses, de l’histoire de la musique. Retour sur la gloire, et la décadence, d’une maison de disque « laboratoire »…

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Il fût une époque, encore très récente, où travailler dans une maison de disque ressemblait fort au labeur des ouvriers du nord et de l’est de la France, à l’heure de la crise de la sidérurgie et du bassin minier. On bosse et on creuse six pieds sous terre, sans vraiment savoir si l’on ne devra pas aller pointer au chômage dès le lendemain ou risquer ses dernières économies au PMU.
Au cours de la dernière décennie, c’est un peu ce qu’ont vécu de nombreux employés du label Virgin. Au fil des années, c’est comme si le label avait fini par être démantelé à l’heure de la révolution du numérique et de la crise du disque. Pour les journalistes, les rapports fructueux entretenus depuis les années 90 avec le label des Daft, Chemical, Air, Cassius ou du très engagé, Doc Gyneco, étaient même devenus quasi inexistants. Vu le peu d’infos et de répondant de la part de la petite équipe restée en place après plusieurs plans sociaux, la disparition discrète et fort peu médiatisée de Labels, structure historique dédiées aux indépendants, et le regroupement de toutes les équipes au siège d’EMI, du côté de la Porte de Clignancourt, le futur de Virgin semblait alors fragile, sinon désespéré. A l’évidence, la fusion et l’absorption du label par EMI en 2002 (après un premier rachat en 1993), l’écrémage du catalogue (contrats résiliés pour Miss Kittin ou Asian Dub Foundation par exemple), le recentrage général de la maison-mère sur le système des « priorités » (en gros les artistes promis au succès populaire le plus prévisible) mais plus encore les effets dévastateurs de la crise du disque, avaient eu raison de la plus audacieuse des majors.
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Download : MonuMental Mix

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Electro vs Rock  Mix (+ Euro Grime Beats) (73′)

Tracks by : Atom TM, Bumblebeez, Alloy Mental, Mypark, Wighnomy Brothers & Robab Wruhme, Gary Beck, Modeselektor, Gameboy Gamegirl, Surkin, Uffie, Wow, Toxic Avenger, In Flagranti, Matthew Dear…

Cover picture by : Eric Pajot

Mixed by RadioMentale, DJ duo founded by Jean-Yves Leloup & Eric Pajot (Pajot is also known as The Agent and Robopop).

This electro-rock mix, commissioned by french rock label Le Grand Bag, has never been released. So Feel free to download it !

Complete tracklisting below.

Un mix réalisé par RadioMentale, le duo fondé par Jean-Yves Leloup et Eric Pajot (ce dernier bossant par ailleurs sous le nom de The Agent and Robopop). Commandé par le label rock Le Grand Bag, le mix n’est hélas jamais sorti. A télécharger ici.

Tracklisting complet ci-dessous.

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David Toop : Voyage au centre de l’Ether

Avec « Ocean of sound », sorti en 1995 et réédité cet automne en France aux éditions Kargo, le musicien et critique anglais David Toop livre une vision résolument personnelle et de la musique et du son. De Debussy à Aphex Twin, en passant par Sun Ra et Stockhausen, du jazz à la techno sans oublier les bruits de notre environnement quotidien, Toop se penche sur un siècle de mutation musicale et de perception sonore.

Un livre toujours aussi indispensable près de 15 ans après sa première édition anglaise.

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Voici l’entretien complet réalisé avec l’auteur en 2001, dont une partie a été reproduite dans la nouvelle version du livre Global Techno.

Première question, en forme de remarque : j’ai l’impression que la leçon principale de ce livre, c’est celle de réapprendre à être à l’écoute du monde, de l’univers sonore qui nous entoure…
Lorsque j’ai débuté ” Oceans of sound “, j’avais dans l’idée de faire un livre sur les musiciens, sur la composition. L’idée m’est venu à l’époque où l’ambient music était populaire, ce qui rendait le tout plus facile à vendre au public comme aux éditeurs. Mais au fond, je voulais écrire un livre qui synthétise toutes mes idées à propos du son et de la musique, telles que je les avais accumulées au cours de ces vingt-cinq dernières années. Et non pas un livre sur la façon de faire de la musique, sur les personnalités qui peuplent la scène musicale. C’était une manière de renverser l’approche classique. Et vous avez raison, c’est un livre entièrement dédié à l’écoute et à la manière dont la musique du 20e siècle s’est ouverte à de nombreux univers. La manière dont différentes formes de musiques ont littéralement implosé… Le livre débute d’ailleurs par l’histoire de Debussy, son expérience d’écoute et de découverte de la musique balinaise lors de l’exposition universelle de 1889.

Au cours du livre, de nombreux musiciens, à l’image de Daniel Lanois par exemple, relatent leurs premières expériences, ou leurs premiers souvenirs marquants en matière de perception sonore. Avez-vous vécu une telle expérience originelle ?
Ce qui est intéressant dans le cas de Daniel Lanois, c’est qu’il a justement de nombreux exemples de scènes d’enfance où le son a pu influencer son travail de musicien. Il a grandi au Canada, au cœur de ces vastes paysages, où le son prend une dimension certaine. Pour ma part, j’ai grandi dans la banlieue de Londres (rires). Beaucoup de souvenirs sonores reviennent à ma mémoire, mais ils sont très fragmentés. Le son de l’eau coulant dans les tuyauteries, le vent soufflant derrière la maison de mes parents, différents types de musique, ou encore le son de la télévision… Mais la raison fondamentale pour laquelle une personne se souvient d’un son en particulier, et une autre personne d’un son différent, est presque impossible à établir. Mes parents ne s’intéressaient aucunement à la musique. Je crois que l’ouïe était tout simplement mon sens le plus développé, même si j’ai étudié les arts visuels. Notre société est d’ailleurs basée sur la communication visuelle. Le son y est rarement pris en compte. Beaucoup de gens n’y réfléchissent jamais. Continuer la lecture ‘David Toop : Voyage au centre de l’Ether’

Kuduro : French connexions (3)

Texte : Jean-Yves Leloup
Photos : © Frédéric Galliano
Version longue de l’article publié dans Tsugi

En France, sur les dancefloors, le Kuduro gagne du terrain. Tout d’abord circonscris aux soirées de la communauté capverdienne, il a désormais envahi les fêtes afro-antillaises, connaît un petit succès dans les discothèques populaires, attire pas mal de DJs issus de la scène ghetto-tech et séduit enfin une poignée de producteurs enthousiastes qui considèrent le phénomène comme un renouvellement inédit du genre électronique.

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Dans le 18E arrondissement de Paris, chez le disquaire La rumba africaine, une des très rares boutiques spécialisée en musique lusophone, la très accueillante patronne du lieu nous confirme l’engouement récent de toute une génération pour les tempos syncopés et le phrasé énergique du kuduro. Chez nous, le genre a connu ses premiers succès discographiques il y a environ un an et depuis six mois, les compilations et les DVD (il n’existe pas de vinyles) importés d’Angola et du Cap Vert, parfois via le Portugal, connaissent un véritable engouement, notamment dans la communauté capverdienne, particulièrement importante dans l’hexagone. C’est d’ailleurs chez ce même disquaire que l’on croise le très affable DJ Nays, nouvelle figure déjà reconnue du genre (son premier album est prévu pour le printemps et il accompagne souvent sur scène le prometteur duo des Princes du Kuduro). «Depuis quelques temps, nous dit-il, je n’arrête pas de jouer, à Paris, mais aussi à l’étranger, au Luxembourg, en Suisse, en Hollande, un peu partout où l’on trouve des communautés portugaises ». A l’image de ses (très) jeunes confrères DJ, le trio de Djs, Cabos, Vielo et Anilson ou encore Master Xuxu, Pilasom et Puto X, son succès a rapidement dépassé le cercle des seules fêtes communautaires. « Ces rythmes électroniques, que l’on appelle parfois batida underground », ajoute son pote Cabos, « ont rapidement séduit les gens du hip hop et le public des soirées afro-antillaises ». Depuis, aucune des ces fêtes du 18e ou du 93, souvent torrides et ultra sapées, ne peut se passer de kuduro, le genre rivalisant désormais avec les très populaires zouk, coupé-décalé et autres dancehall.

Culture “choré”
Fait marquant, c’est à travers la danse que le mouvement a pris son essor. Son déhanchement sensuel, son jeu de jambes élégant (très éloignée des chorégraphies hargneuses et spectaculaires des musseques, les ghettos de Luanda) lui ont assuré, via les sites de partage vidéo, une place aux côtés du hip hop et de la tecktonik. En effet, c’est désormais à travers les « chorés », les battles et les teams de danseurs (ici, Les Rois du Kuduro ou NKM) que les nouveaux styles de musiques comme le Kuduro parviennent à s’implanter chez les jeunes des quartiers populaires, un phénomène que l’on avait peu connu en France depuis l’avènement du twist (ambassadeur du rock’n roll) ou du Locomotion (autre danse pionnière et collective). Rien d’étonnant donc à ce que les DVDs aggrémentés de démonstrations et de cours de danses soient si nombreux, et que les compiles commerciales de Kuduro contiennent toutes, comme celles de Tecktonik, leurs petites vidéos d’apprentissages, histoire de briller en teuf, notamment lors des quart d’heure spécial Kuduro qui émaillent de nombreuses soirées. Continuer la lecture ‘Kuduro : French connexions (3)’

Kuduro : mix & videos (2)

Une sélection de sons et d’images, pour celles et ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce style afro-électro innovateur, venu d’Angola.

Pour voir plus de vidéos, notez aussi la page Youtube de Hikore, qui rassemble de très nombreux clips de Kuduro.

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Frédéric Galliano (Frikyiwa) “Kuduro Mix” (62’) (Streaming MP3)
Galliano découvre le Kuduro angolais en 2005 lors de son premier voyage dans ce pays du Sud-Ouest de l’Afrique. Voici le premier mix qu’il a réalisé à l’époque, témoignant de la production électronique luandaise composée au cours des années 2003-2006. Les titres mixés ici évoluent entre une inspiration house et de plus fiévreuses batidas (rythmiques), proches de la samba.

Ecouter le mix, posté sur le site de Tsugi.

promo_mix_kuduro_2Marvy Da Pimp “Call Of Kuduro II” (20′) (MP3 download)
Jeune métis franco-sénégalais (Les îles du Cap Vert, deuxième patrie du Kuduro, se trouvent au large du Sénégal), Marvy Da Pimp fait partie de cette nouvelle génération mêlant, dans ses mixes, Booty House et Ghetto Tech, Baile Funk et Kuduro. On le retrouve régulièrement dans les soirées Booty Call notamment au Social Club de Paris ou à la Cantine du Batofar. Il s’intéresse au Kuduro depuis environ un an et demi. S’il possède quelques potes au Portugal dans l’entourage de Buraka Som Sistema, qui lui envoient parfois quelques titres, il passe beaucoup de temps sur les blogs et le net (le blog Masala, le site du DJ Normal Nada) afin de dénicher les nouveautés du genre, toujours très difficiles à trouver chez nous. Ses productions perso sont inspirées par la nouvelle vague Fidget et devraient bientôt sortir en maxi.

Télécharger son mix, “Call Of Kuduro II”.

Sa page Myspace.

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Kuduro, l’Afrique Electro (1)

Entretien : Jean-Yves Leloup
Photos : Frédéric Galliano

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Avec son album Kuduro Sound System, débuté en septembre 2005 et sorti en 2006, Frédéric Galliano fût le premier musicien occidental à programmer du Kuduro angolais et à inviter sur son album, certains des artistes les plus créatifs du genre. Le français, volontiers enthousiaste et grande gueule, nous relate la découverte de cette authentique musique électronique africaine.

Le fondateur du label Frikyiwa, ancienne figure de F Com, prépare actuellement un nouvel album et une nouvelle compilation dédiée au Kuduro. On le retrouvera cet été en tournée.

Quand et comment a eue lieu ta rencontre avec le Kuduro ?
Lors d’une date en Angola, alors que j’étais en tournée en Afrique Centrale avec mon projet African Divas. Dès mon arrivée à Luanda, je monte dans un taxi, j’entends un morceau et je me dis, « c’est quoi ce truc terrible ! ». Je demande à écouter trois ou quatre morceaux et puis là je me rends compte que je suis face à un truc vraiment nouveau. Donc, j’arrête le premier vendeur de CD qui passe dans la rue et je lui achète quatre compiles de Kuduro direct. Parce que j’ai tout de suite compris qu’il se passait là quelque chose… Et c’est étonnant parce que trois semaines avant de partir, j’avais donné une interview pour Mondomix et TV5 Monde où je livrais cette phrase un peu prémonitoire, « le jour où l’Afrique va faire de la musique électronique, avec un médium électronique, à savoir un ordinateur, mais basée sur ses propres rythmiques, ses propres références culturelles, on va en prendre plein les oreilles ». Je parle de leurs propres références, car au cours de l’interview, je dénigrais le hip hop africain qui pour moi est sans intérêt, parce que c’est assez pauvre, pauvre d’un point de vue identitaire ou sonore, sauf parfois au niveau du flow dans certains pays.
Donc, arrivé en Angola, je tombe là-dessus et je me rends compte immédiatement que cette musique, à part le pied sur tous les temps, qui est effectivement issu de la house et de la techno, est largement inspiré du swing de la batucada et tiré d’un truc traditionnel. Je me rends compte que c’est un type de programmation complètement novateur, qui n’existe pas ailleurs. Ce n’est pas de la jungle, de la house, de la techno ou du zouk, mais plutôt une sorte d’ovni. Je réalise en l’écoutant et en le décortiquant qu’il y a donc à la fois une origine house, à savoir le pied sur tous les temps, et puis quelque chose d’africain. Continuer la lecture ‘Kuduro, l’Afrique Electro (1)’

Un siècle d’affrontements

Depuis la fin du 19e siècle, l’histoire de l’industrie musicale est rythmée par des oppositions systématiques aux innovations technologiques et par des luttes de pouvoir entre professionnels. Ces duels ont néanmoins abouti au même résultat : une adaptation rapide, des uns et des autres, à la nouvelle donne du marché…

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En janvier dernier, à Cannes, la 43e édition du MIDEM a permis aux professionnels de l’industrie musicale de faire le point sur la crise qu’ils traversent. En 2008, en France, la baisse des ventes de musique enregistrée s’est confirmée, atteignant 15%, et ce malgré une hausse de 50% des ventes de musique sur support numérique, chiffre qui ne permettrait pas de compenser les pertes subies. Côté pile, les ventes totales baissent moins, le développement des offres de musique numérique a pour conséquence un boom des ventes de singles en Grande-Bretagne, et certains modèles comme celui du site Deezer connaissent un vrai succès. Côté face, l’industrie de la musique persiste à utiliser un discours de combat, où se mêlent la lutte contre le piratage et les usagers de réseaux « peer to peer », les attaques des sociétés de droits d’auteur contre la faiblesse des revenus générés par les services d’écoute à la demande sur Internet, les négociations difficiles entre majors, fournisseurs d’accès et sociétés de télécoms, ou encore la défiance des professionnels face à l’émergence de nouveaux modèles… Qu’en penser ? Si jamais l’histoire, sur le fond, s’avérait effectivement un éternel recommencement, l’issue n’est-elle pas toujours la même, à savoir la mutation du marché ?

Car tout semble indiquer que le numérique est en train de révolutionner comme jamais le marché de la musique, avec la montée en puissance de nouveaux acteurs venant des mondes du logiciel, de l’Internet et de la téléphonie mobile…

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Utopie de l’extase

Entretien réalisé par Jean-Yves Leloup et Eric Lamien

ecstasy-pill-collageDans nos archives, nous avons retrouvé cette passionnante interview du sociologue Patrick Mignon. En 1995, à l’heure du boom de la scène rave européenne, il observe les premières manifestations de la consommation massive de cette drogue chimique, rappelle les utopies seventies liées au LSD et analyse l’émergence de la techno face à la toute puissance du rock.

Vous vous intéressez à la culture populaire sous ses différents aspects, et particulièrement à la musique, la drogue et le sport. Vous êtes un des rares, sinon le seul sociologue français à s’être penché sur l’ecstasy. En tant que sociologue, vous n’abordez donc pas le problème d’un point de vue médical mais plutôt vis-à-vis des modes de consommation.…
Patrick Mignon : Oui, c’est à dire : qui consomme, mais aussi comment, avec quelles références, selon quels types d’idéologie, de pensée, dans quels cadres et quels contextes ? Ce sont les questions principales que j’ai abordé pendant la durée de mon enquête sur l’ecstasy.

Comment s’est passé la connexion avec cet univers, comment avez-vous été amené à considérer la question ?
C’est plus une suite logique qu’une connexion hasardeuse. Je me suis penché sur les musiques populaires depuis l’après-guerre et il était donc normal de suivre les nouvelles vagues musicales. Il y a donc eu l’apparition des raves, de la house, cela me semblait à la fois nouveau mais avec une certaine continuité par rapport à ce qui s’était passé quelques décennies auparavant, notamment avec la musique psychédélique. Une autre raison, c’était aussi la question du football, puisque je m’intéressais au sport, et à l’époque, vers 85-87, on commençait à parler de la drogue dans les tribunes de football, de la consommation d’ecstasy par les hooligans anglais.

Vous avez déclaré au départ que l’ecstasy était une drogue de consommateur averti…
Oui et au départ elle concernait des réseaux de spécialistes. Aux USA, à la suite du psychédélisme et après la fermeture des laboratoires fabriquant le LSD, on assiste a une nouvelle recherche de la part des chimistes. L’Ecstasy s’est donc d’abord diffusée à travers ces réseaux aux Etats-Unis puis en Grande-Bretagne. La drogue s’est d’abord répandue à travers les milieux médicaux car c’était une drogue utilisée dans les thérapies des individus ou des couples, mais elle est peu à peu sorti de cette usage thérapeutique pour se répandre dans les milieux que l’on appelait Yuppies. C’est à cette époque que paraissent les premiers articles à scandale, sur les usages inconsidérés de l’ecstasy, adoptée par les golden boys après les dégâts de la coke. Ils avaient alors trouvé le moyen d’assurer le plaisir sans subir les inconvénients de la cocaïne. C’est donc sorti de ces milieux restreints pour se répandre aussi bien aux Etats-Unis, qu’en Allemagne, en France, et en Angleterre disons dans la deuxième partie des années 80. Continuer la lecture ‘Utopie de l’extase’

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