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Utopie de l’extase

Entretien réalisé par Jean-Yves Leloup et Eric Lamien

ecstasy-pill-collageDans nos archives, nous avons retrouvé cette passionnante interview du sociologue Patrick Mignon. En 1995, à l’heure du boom de la scène rave européenne, il observe les premières manifestations de la consommation massive de cette drogue chimique, rappelle les utopies seventies liées au LSD et analyse l’émergence de la techno face à la toute puissance du rock.

Vous vous intéressez à la culture populaire sous ses différents aspects, et particulièrement à la musique, la drogue et le sport. Vous êtes un des rares, sinon le seul sociologue français à s’être penché sur l’ecstasy. En tant que sociologue, vous n’abordez donc pas le problème d’un point de vue médical mais plutôt vis-à-vis des modes de consommation.…
Patrick Mignon : Oui, c’est à dire : qui consomme, mais aussi comment, avec quelles références, selon quels types d’idéologie, de pensée, dans quels cadres et quels contextes ? Ce sont les questions principales que j’ai abordé pendant la durée de mon enquête sur l’ecstasy.

Comment s’est passé la connexion avec cet univers, comment avez-vous été amené à considérer la question ?
C’est plus une suite logique qu’une connexion hasardeuse. Je me suis penché sur les musiques populaires depuis l’après-guerre et il était donc normal de suivre les nouvelles vagues musicales. Il y a donc eu l’apparition des raves, de la house, cela me semblait à la fois nouveau mais avec une certaine continuité par rapport à ce qui s’était passé quelques décennies auparavant, notamment avec la musique psychédélique. Une autre raison, c’était aussi la question du football, puisque je m’intéressais au sport, et à l’époque, vers 85-87, on commençait à parler de la drogue dans les tribunes de football, de la consommation d’ecstasy par les hooligans anglais.

Vous avez déclaré au départ que l’ecstasy était une drogue de consommateur averti…
Oui et au départ elle concernait des réseaux de spécialistes. Aux USA, à la suite du psychédélisme et après la fermeture des laboratoires fabriquant le LSD, on assiste a une nouvelle recherche de la part des chimistes. L’Ecstasy s’est donc d’abord diffusée à travers ces réseaux aux Etats-Unis puis en Grande-Bretagne. La drogue s’est d’abord répandue à travers les milieux médicaux car c’était une drogue utilisée dans les thérapies des individus ou des couples, mais elle est peu à peu sorti de cette usage thérapeutique pour se répandre dans les milieux que l’on appelait Yuppies. C’est à cette époque que paraissent les premiers articles à scandale, sur les usages inconsidérés de l’ecstasy, adoptée par les golden boys après les dégâts de la coke. Ils avaient alors trouvé le moyen d’assurer le plaisir sans subir les inconvénients de la cocaïne. C’est donc sorti de ces milieux restreints pour se répandre aussi bien aux Etats-Unis, qu’en Allemagne, en France, et en Angleterre disons dans la deuxième partie des années 80. Lire la suite ‘Utopie de l’extase’

La culture britannique et pop a–t-elle encore une influence ?

i-D cover, 1987

i-D cover, 1987

Depuis les années 60 et la Beatlemania, Londres, Liverpool et Manchester n’ont cessé de faire la loi. Mais, avec l’arrivée du mouvement techno, le pays a perdu de son influence, balayée par une nouvelle culture numérique et globale.

Auteur : Jean-Yves Leloup
Un sujet, un entrefilet ou parfois même une simple faute de frappe, publiée dans un magazine anglais influent (The Face, I-D, Dazed & Confused, NME…), peut entraîner dans son sillage une floppée d’articles dans la presse française, qui trouvera là une énième occasion de faire croire à ses lecteurs à l’existence d’une nouvelle tendance prête à débouler dans notre pays. Il en est ainsi depuis quelques décennies, la presse britannique, et bien sûr l’ensemble de la culture locale exerçant sur la pop globale une influence considérable, si ce n’est une domination rarement partagée.
Dernière incarnation en date de cette puissance de feu en matière de style et de tendance, le concept un rien foireux et fourre-tout de « nu-rave », lancé avec cynisme par le New Musical Express pour décrire la techno joyeuse et parfois old-school des Klaxons. Les intéressés auront eu beau clamer que le concept ne faisait pas sens, toute la presse, hors des frontières du Royaume-Uni, a repris ainsi sans broncher cette idée fumeuse, qui masquait. Il est vrai qu’outre-Manche, les magazines, dopés par la puissance économique du secteur de la musique, ne savent plus vraiment quoi inventer pour attirer le lecteur et les revenus publicitaires, et passent leur temps à annoncer le retour de tel ou tel mouvement ou à décrire les possibles revivals qui nous guettent. Lire la suite ‘La culture britannique et pop a–t-elle encore une influence ?’



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