Culture K7 (1)

Auteur : Jean-Yves Leloup

Version longue de l’article publié dans le numéro de Juillet du magazine Tsugi.

A l’heure où l’on s’inspire de l’esthétique et de l’invention eighties, la figure de la bonne vieille cassette audio est à nouveau à l’honneur. Retour sur l’âge d’or de la mixtape, du walkman et du ghetto blaster. Magnéto, Serge !

Ce n’est pas vraiment un revival. Plutôt une tendance, encore légère, à la fois tendre et nostalgique, qui voit refleurir ici et là le motif de la cassette audio. T-shirts ou porte-cartes, vêtements et œuvres d’art réalisés à partir de bande magnétique (le très bel oreiller tricoté par l’artiste Christian Marclay), cassettes recyclées en objet de déco, en figurines, en porte-monnaie, en boucles de ceinture, en clé USB ou en pendentif, bref, c’est toute une esthétique, une imagerie, une culture même, née vers la fin des années 70 et disparue au cours des années 90, qui semble inspirer à nouveau notre époque diablement rétro. On repère ça et là sur le Net, sur eBay, au fil de blogs, de sites spécialisés ou de projets arty, quelques collectionneurs de K7 vierges au design typique et désuet. A la boutique et galerie parisienne Objet Sonore, spécialisée dans la hi-fi vintage, on vend walkman, boom box et magnéto à tous ceux qui souhaitent écouter leurs vieilles bandes, qu’ils soient mélomanes ou nostalgiques (les collectionneurs s’intéressent encore peu à cette époque).

Labels magnétiques
Du côté des labels, si les trublions parisiens de Mort Aux Jeunes se sont récemment amusés à renouer avec le format oublié de la cassette deux titres (ou plutôt, cassingle) avec le très électro-pop Chanson d’Amour de Catherine Ferroyer-Blanchard, c’est plutôt dans le domaine du noise, héritier de la musique industrielle, que l’on perpétue la tradition de la cassette. C’est ainsi chez Bimbo Tower, disquaire et libraire spécialisé de Bastille, que l’on trouve les derniers résistants à l’ère du numérique et du CD, parmi lesquels pas mal de petits labels américains (Eastape, Hung Like A Horse ou Goaty tapes). Parmi ces vestiges d’une autre époque, plutôt dédié à un public de quadras, le tout jeune label français, Tanzprocesz, se distingue avec de jolis boitiers faits à la main, dans la droite lignée d’une esthétique DIY et manuelle inspirée par la culture underground des dernières décennies. Son fondateur Jonathan T. édite ainsi avec ferveur des artistes plutôt spé comme Evil Moisture, Placenta Popeye ou Kommissar Hjuler, pour des tirages limités entre 20 et 110 copies. Après être passé par le MP3 et le Cdr, le parisien a fini par choisir le format de la cassette pour des raisons à la fois pratiques, sentimentales et artistiques. « Ca me permet de faire des éditions limitées (la cassette est l’un des rares supports analogiques qui le permette), ce qui est plutôt plaisant quand on sort des trucs pas toujours très vendeurs. Quand on y pense, l’écoute par face permet aussi d’apprécier différemment la musique, comparé à un CD, et les artistes travaillent véritablement en fonction du média. Côté technique, le son est bon si on règle un tant soit peu les niveaux à l’enregistrement, et si les niveaux sont trop élevés, la saturation est classe. Par ailleurs, c’est un format très résistant. Et puis, en tant qu’auditeur, on reprend la lecture là où on l’a abandonnée et on écoute tous les morceaux plutôt que d’appuyer sur un bouton pour zapper direct au titre suivant, ce qui implique une manière différente d’apprécier la musique. Enfin, je peux les écouter en voiture et ça me rappelle surtout mon adolescence voire ma préadolescence quand j’étais un gros nerd du walkman » .


Nomadisme 80’s
Pour beaucoup (hormis les gamins nés avec un iPod glissé dans leur couche-culotte), cassette et walkman témoignent en effet d’une époque révolue, d’un certain âge d’or de la culture pop, teinté d’innocence et de découverte. Avec la K7, ainsi que l’autoradio, le baladeur et la boombox, c’est toute une nouvelle culture mobile qui prend son essor au cours des années 80, libérant teenagers, musiciens et mélomanes de la dictature de la hi-fi de salon comme de la domination des radios grand public. Laurent Massaloux, designer et grand fan de musique, analyse ainsi très bien l’apport de l’objet à la culture musicale de l’époque. « La forme de la K7, sa petitesse et son absence d’encombrement conféraient à l’objet un côté inaltérable, en tout cas incassable, nomade. On pouvait la mettre dans une boîte à gants, dans la poche de son blouson, sans que cela porte à conséquence sur la qualité de la musique. Ce qui était très différent du vinyle, plus fragile et précieux. D’un point de vue plus social, toute une culture de la mobilité, de l’échange et du partage se sont incarnés dans cet objet. Lorsque j’étais adolescent, mes parents m’ont offert pour Noël le Walkman II de Sony, et ça été pour moi aussi important que ma première mobylette. Le fait de pouvoir s’affranchir des contraintes des parents, du lourd matériel du salon et partir ainsi, sans soumission, peut sans doute être comparé à ce que la caméra portable a apporté aux cinéastes de la Nouvelle Vague. En tant qu’ado, j’ai gagné là une nouvelle autonomie, une forme de liberté culturelle qui m’a sans doute beaucoup construit, ou qui a en tout cas construit l’amour que je porte encore pour la musique ».

Vous pouvez retrouver la suite  et la majeure partie de cet article dans le livre « MUSIQUE NON-STOP : POP MUTATIONS ET RÉVOLUTION TECHNO », disponible à partir du 22 mai 2015 aux Éditions Le Mot Et Le Reste.

Site de l’éditeur

5 Responses to “Culture K7 (1)”


  1. 1 timothee Binyanga 23 mai, 2009 à 7:58

    J’aime monter un petit studio d’enregistrement.Comment appelle-t-on l’appareil qui multiplie les K7 audio? enregistrer 8 cassettes audio en une fois.

  2. 3 Fred 26 juin, 2010 à 7:46

    Salut, j’aimerai retrouver le nom de ce format peu usité de musicassettes utilisé dans les années 70… Elles étaient à peu près aussi grosses qu’une VHS. Je me souviens de ça dans la R16 de mon père (pour situer l’époque…). Impossible de retrouver une moindre once d’info là-dessus. Merci.

  3. 5 Jean-Yves Leloup 10 septembre, 2010 à 8:38

    Oui, Fred, il s’agit très certainement de K7 8-Track !


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