Le phénomène de la reprise, symptôme de la crise du disque ?

Auteur : Jean-Yves Leloup
Version remaniée et actualisée d’un article publié dans Epok en 2006
Image : Stockwood, le plus jeune des Tribute Bands de Beatles
 

Les versions décalées ou les covers respectueuses des tubes du passé ont envahi le marché. Tendance de fond, la reprise touche tous les genres musicaux, de Voulzy à Springsteen, en passant par Paul Anka, Nouvelle Vague ou même la scène techno, sans oublier les « tribute bands ». Explication de ce phénomène, entre repli nostalgique, inventaire historique et culture du remix.

C’est comme s’ils s’étaient tous donné le mot. Depuis quelque courtes années déjà, chanteurs et musiciens, pianistes et DJs, rockers et crooners, reprennent tous en chœur les airs qui nous ont bercé par le passé. Complaintes d’avant-guerre, rengaines sixties, hits des années top 50, hymnes rock, tubes technos ou classiques easy-listening sont tous exhumés de notre mémoire collective et connaissent un nouveau succès public, sous la forme de reprises décalées, de covers intimistes ou de relectures compassées. Depuis plus de deux ans maintenant, les tubes de saison ressemblent fort à ceux qui ont fait frémir, danser ou pleurer, nos grands frères, nos parents ou nos grands-parents. Emblème de ce vaste mouvement nostalgique, Nouvelle Vague, qui, après le succès d’un premier album de reprises (200 000 copies vendues dans le monde), investissait en 2006 le répertoire de la new wave et de l’after-punk des années 80 sur leur Bande À Part, où ils réinterprétaient l’énergie, la morgue et le désespoir d’Echo & The Bunnymen, des Cramps ou de New Order, en version charmeuse, rêveuse et baladeuse. En 2008, Marc Collin, à la tête du projet « Hollywood Mon Amour », se consacre désormais aux chansons pop et FM qui ont berçé le cinéma des années 80, entre « Flashdance », « Cat People » (Bowie), « Eye Of The Tiger » ou le « Forbidden Colors » du Sakamoto de « Furyo ».
Tout aussi cool et estival, mais moins réussi, on se se souvient aussi de Laurent Voulzy, interprètant paresseusement sur « La Septième Vague », dix-huit chansons aux airs de vacances et au doux parfum de villégiature, parmi lesquels, « A Bicyclette » de Montand, « La Madrague » de Bardot ou le langoureux slow des Korgis, « Everybody’s Got To Learn Sometimes ». Plus exotique et iconoclaste, on a aussi souvent évoqué ici le producteur électronique allemand, Uwe Schmidt, grimé en Senor Coconut de pacotille, s’amusant depuis des années à reprendre en version merengue ou cha-cha-cha quelques grands classiques de la techno ou du rock, à l’image de son Yellow Fever consacré au répertoire très pointu du Yellow Magic Orchestra de Ryuichi Sakamoto. Plus roots, le très intègre Bruce Springsteen a quant à lui rendu hommage à Pete Seeger, l’un des grands noms de la tradition américaine (entre folk et country), sur son très western, We Shall Overcome. Le tout sans oublier le revenant Paul Anka, figure oubliée des années 60 et 70, qui a effectué un retour remarqué sur le devant de la scène, avec ses covers très swing de Nirvana, Oasis ou Cure, ou les nombreux tribute bands qui reproduisent à l’identique les chansons de groupes historiques (les Rutles pour les Beatles par exemple, mais aussi Kissteria pour Kiss, Megaphone pour Telephone, U2 One pour U2, les filles de Ramonas pour les Ramones…). Et la liste des artistes, ayant abandonné leurs propres chansons pour interpréter celles des autres, est encore longue. Que l’on pense ainsi à Bruel (Entre-Deux et ses airs parigots), Johnny Cash (The Man Comes Around, son chant du cygne), Arielle Dombasle (les classiques latinos de  Amor, Amor), Martin Gore de Depeche Mode (et son très émouvant Counterfeit 2) ou notre ami Maxence Cyrin, interprétant, au piano, les plus grands hymnes des raves-parties (Modern Rhapsodies) ! Bref, voilà un mouvement trans générationnel et consensuel, qui touche tous les styles, variété, rock, classique ou même dance-music (connaissez-vous les horripilants Royal Gigolos ?) et new age (saviez-vous que les reprises façon chant grégorien sont très tendance ?). Seul le hip-hop semble échapper à ce phénomène. Mais il est vrai que ce genre musical se veut avant tout en prise directe avec le réel et qu’il préfère parfois sampler quelques airs du passé, plutôt que de se pencher sur son histoire.

Vous pouvez retrouver la suite  et la majeure partie de cet article dans le livre « MUSIQUE NON-STOP : POP MUTATIONS ET RÉVOLUTION TECHNO », disponible à partir du 22 mai 2015 aux Éditions Le Mot Et Le Reste.

Site de l’éditeur

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