La revanche du Top 50

Texte : Jean-Yves Leloup

Version longue de l’article publié dans le numéro de Novembre de Tsugi

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Autrefois ringards et souvent méprisés par la critique, pas mal d’artistes populaires des années 70 et 80 connaissent une seconde vie grâce à la nostalgie revendiquée, et l’intérêt parfois démesuré que leur porte une nouvelle génération de Djs, de musiciens et de bloggeurs. Queen, Space, Toto ou Rondo Veneziano méritent-ils tant d’attention ?

Il est une époque que les plus jeunes d’entre vous n’ont pas connu, ou alors à peine. Au beau milieu des années 80, en rentrant du lycée, l’esprit hagard, on jette une oreille paresseuse sur le Top 50 de Canal +, en espérant y entendre, au choix, le « Road To Nowhere » des Talking Heads, le « Pretty In Pink » des Psychedelic Furs ou pourquoi pas les beats syncopés de Run DMC. Mais le plus souvent, on doit se contenter des clips de Daniel Balavoine, Queen, Cindy Lauper ou Phil Collins, qui constituent à l’époque la bande-son officielle de ces années 80 volontiers pop et toc.
Depuis quelques temps, c’est un peu comme si l’on avait replongé, bien malgré nous, dans cette décennie de l’artifice et de la chansonette, cet âge d’or des refrains collants et des synthés gluants. En effet, de nombreux artistes, notamment en France, venus de la pop et de l’électro, issus de l’underground comme de la scène indépendante, ne cessent de se référer, parfois avec malice, mais plus souvent avec bienveillance, à toute une sphère oubliée ou méprisée de la culture pop de la fin des années 70 et 80. Lindstrom se projette en digne héritier du Space de Didier Marouani ou de Jean-Michel Jarre (le musicien le plus méprisé hier et le plus cité actuellement). Les Justice s’amusent à mixer le thème de La Boum, Balavoine et Julien Clerc. Certains Djs branchés terminent leur set avec « La serenissima » de Rondo Veneziano. Le parisien Data ou les nantais du collectif Valérie (Anoraak, Minitel Rose, College et leur amusant blog valériechérie) rêvent de Miami Vice ou du Tron de Wald Disney. Gonzales se prend pour Billy Joel. Todd Terje réhabilite Chris Réa. Ladyhawke doit beaucoup à Pat Benatar et avoue un net penchant pour Toto et Kim Wilde. Les Housse de Rackett, dignes mélodistes et fins humoristes, n’en commettent pas moins d’impardonnables fautes de goût. L’italo-disco est élevé au rang d’art majeur. Les Goblins sont considérés comme des génies. Et Sébastien Tellier roucoule comme au bon vieux temps de Midi Première.
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Blue Eyed Soul & Rock FM
Toutefois, ce foisonnement de références, de clins d’œil et de plagiats, est loin d’être homogène. Il charrie à lui seul différentes esthétiques, à commencer bien sûr par une certaine imagerie 80, entre premiers jeux vidéos, consoles Amiga, Star Wars, joies du Minitel et typographie emphatique, cette époque étant considérée comme un âge d’or, à la fois naïf et utopique, de la naissance de l’informatique et de la modernité. Dommage collatéral à cet élan rétro-futuriste, ces derniers mois ont par ailleurs accueilli le revival plutôt inattendu d’un certain pompiérisme mêlant guitares héroïques et synthés planants (le drôle et néanmoins inquiétant « Synthétiseur » de Housse de Rackett), réhabilitant une figure comme celle de  Didier Marouani, maitre d’œuvre du très enflé, et plutôt gonflant, groupe Space. Mais c’est aussi une esthétique FM (en référence aux programmations des radios de l’époque) qui a plus récemment fait son retour, à travers la figure de la blue eyed soul (cette soul pop et 80 chantée par des groupes blancs comme Hall & Oates, dont on retrouve la trace sur l’album plutôt raté de Gonzales), ou encore une certaine tendance cool, rock et californienne (Eagles, America, Fleetwood Mac, Chris Réa), dont l’optimisme béat et l’excellence mélodique semble faire rêver plus d’un musicien.

Vous pouvez retrouver la suite  et la majeure partie de cet article dans le livre « MUSIQUE NON-STOP : POP MUTATIONS ET RÉVOLUTION TECHNO », disponible à partir du 22 mai 2015 aux Éditions Le Mot Et Le Reste.

Site de l’éditeur

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3 Responses to “La revanche du Top 50”


  1. 1 polaris 3 décembre, 2008 à 12:19

    la french touch une nouvelle version de l’italo-disco ?

  2. 2 jack Lockerroom 3 décembre, 2008 à 12:11

    Trés bon article, et tout à fait d’accord sur cette nouvelle esthétique du plagiat.
    J’en parle également ici, sous une autre forme, ou comment certains artistes contemporains s’insèrent volontairement dans l’histoire de la musique. L’esthétique de la Transavantgarde dans la musique élèctronique ?

  3. 3 Jean-Yves Leloup 16 décembre, 2008 à 6:41

    Hé bien en tant que représentant de « l’inculture et du nivellement culturel par le bas », je m’incline devant une telle véhémence et j’arrête là la discussion et le débat.


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