Mathew Jonson, l’électrosensible

Avec Agents of Time, son premier album solo, Mathew Jonson apporte émotion et sincérité à son électronique autrefois dancefloor.

Mathew Jonson est un joyeux drille. Un mec jovial, doublé d’un type généreux et même fêtard. Pensez, la dernière fois qu’il est passé jouer au Rex Club, les promoteurs de la soirée comme ses partenaires de jeu l’ont rapidement perdu de vue après sa prestation scénique. Le canadien est réapparu à la vie trois jours plus tard, sans vraiment réussir à expliquer comment quelques verres de vodka avaient réussi à le faire disparaître et lui faire vivre une de ces aventures éthyliques dont on ne se souvient que par bribes.
Mais si Mathew est un type excessif et rieur, sa musique est loin d’exprimer la même rondeur. Jonson est en effet réputé pour des singles techno à la fois puissants et subtils, à l’image de ses deux plus gros tubes « Marionnette » et « Decompression » ainsi que pour toute une série de titres au groove obsédant, comme « 23 Seconds » ou « India In Me », composés avec Cobblestone Jazz. Derrière chacun de ces titres, qui ont révulsé les neurones et dilaté les pupilles de plus d’un clubber, on retrouve chez lui un même talent pour développer sur de longues durées, des motifs lancinants à la musicalité affirmée. Une musique de transe en quelque sorte, dont les harmonies envoûtantes ne semblent jamais vous lâcher.

Le cœur serré
Pour se faire une plus juste idée du personnage, il suffit de passer une heure à ses côtés. Le trentenaire débonnaire se révèle alors un type à la sensibilité exacerbée, qui s’avoue volontiers dépressif lors des périodes de solitude qu’il passe en studio. Côté inspiration, il évoque avec une même passion le poignant Opus 3 n°2 de Rachmaninov, les ritournelles des ragas indiens ou les nappes de synthétiseurs sensibles et planantes, composées par Vangelis pour la B.O de Blade Runner. Emotion à fleur de peau, atmosphères synthétiques, boucles entêtantes… c’est un peu tous les éléments que l’on retrouve sur Agents of Time, son premier album solo, ou son premier album de solitaire devrait-on dire. Ce très beau disque intimiste lui donne en effet l’occasion de délaisser les formules qui ont fait son succès pour se concentrer sur des plages climatiques d’une simplicité désarmante, et d’une beauté exemplaire. Composés d’une traite, au fil d’improvisations réalisées sur des machines analogiques à la patine nostalgique, des titres comme « Love In The Future », « When Love Feels Like Crying » ou « New Model Robots » exhalent des sensations diffuses dont l’ambiguïté fait beaucoup pour la réussite de l’album. « Ma musique se situe souvent à la lisière de différents sentiments » acquiesce Jonson. « Elle peut alors agir comme une clé, permettant à l’auditeur de laisser libre cours à ses propres affects ». Et lorsque sur cet album, il signe quelques plages plus volontiers dancefloor et hypnotiques, c’est le même trouble qui nous saisit. Ses basses sinueuses et ses motifs mélodiques possèdent la capacité de faire surgir chez l’auditeur, un moment d’extase, une émotion enfouie, un souvenir oublié, ou pourquoi pas même, cette étrange sensation que certains appellent, souleur. Un saisissement, un serrement de cœur.

Mathew Jonson, Agents of Time, (Wagon Repair)

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