L’édition originale de « Digital Magma », à nouveau disponible

L’édition originale du livre de Jean-Yves Leloup, « Digital Magma : de l’utopie des rave-parties à la génération iPod » (paru en novembre 2006), longtemps introuvable, est disponible à la vente sur Amazon. Vous pouvez commander directement l’ouvrage sur Amazon (nom du vendeur : Radiomentale). Lien.

ATTENTION : Le livre sera à nouveau disponible en mars 2013 dans une nouvelle version, revue et augmentée, publiée par Le Mot Et Le Reste.

Quelques mots pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le livre :

Résumé du livre :
L’émergence de la musique électronique, d’une nouvelle génération d’artistes et des technologies numériques ont bousculé le paysage musical mondial. Du côté des musiciens, depuis la fin des années 80, le mouvement techno et ce que l’on nomme aujourd’hui, les musiques électroniques, ont apporté un nouveau souffle, balayant parfois l’ordre établi par le rock et la pop, et imposant de nouvelles règles du jeu : créations partagées et éphémères, sampling généralisé, règne du DJ, pratique du mix et du remix, nouvelle et micro-économie… Mais cette révolution esthétique, qui a fini par contaminer une grande partie de la musique au cours des années 90, ne se limite pas aux seuls artistes. La démocratisation du numérique, des moyens de diffusion, d’échanges et d’écoute, transforme le rapport du public à la musique. La génération MP3, au-delà de la simple question du piratage, invente aujourd’hui de nouveaux codes, de nouvelles pratiques, qui bousculent notre façon de « consommer » la culture.

Une interview de l’auteur à lire ici.

Lire l’introduction du livre :

Introduction : Une révolution de velours
La musique agit comme un révélateur. Elle incarne l’état d’esprit d’une époque, la psyché comme la conscience sociale ou politique d’une génération. La musique actuelle n’échappe bien sûr pas à ce phénomène. Pourtant, elle ne témoigne pas seulement des aspirations de son public, mais révèle, dans ses technologies, ses modes de production comme de consommation, les profondes mutations que subit actuellement notre culture. Nous vivons en effet à l’heure d’une mise en réseau et d’une numérisation généralisée des biens culturels, dont on peine encore à saisir les conséquences économiques et esthétiques. Ce phénomène, aussi nouveau soit-il, puise notamment ses origines au sein d’une génération qui, depuis la fin des années 80, et plus encore au fil des années 90, s’est emparée de ces technologies mises à sa disposition. Une génération née de la démocratisation des outils électroniques, parvenue à partager ses connaissances et à créer dans son sillage un vaste mouvement culturel. Une génération qui a suivi pas à pas, ou parfois précédé, l’émergence de l’Internet et l’établissement d’une interconnexion généralisée des usages, des machines et des hommes.
Cette culture à l’intérieur de laquelle se sont déployées ces nouvelles pratiques musicales et artistiques, cette scène qui a su si rapidement adopter les outils de son temps, c’est ce que l’on a appelé la vague techno, ou parfois électro ou, plus simplement encore, les musiques électroniques. En moins de vingt ans, cette nébuleuse artistique, aux frontières indécises, a initié de nombreux phénomènes qui ont trouvé dans cette culture musicale un lieu idéal de croissance et d’expansion. Souvent, elle a expérimenté, inventé, parfois sans en être réellement consciente, un certain nombre de figures esthétiques qui connaissent aujourd’hui un impact réel dans le domaine des arts et de la culture. De temps en temps, elle a plus simplement vu renaître des postures, des postulats et des découvertes initiées par les avant-gardes du vingtième siècle, et qui ont trouvé dans cette modernité technologique une forme de radicalité populaire et intuitive.

Confusion des folklores
Mais de quelle musique parlons-nous ? De cette pulsation énergique et obsédante qui a envahi la majeure partie des dancefloors de la planète. De ce rythme frénétique, porté par des basses rebondies, qui convient à merveille à ceux qui désirent s’oublier, le temps d’une nuit, dans un tumulte de percussions et d’harmonies de synthèse. La house et la techno (la différence n’est pas ici fondamentale), nées au cours des années 80, ainsi que les nombreux sous-genres qui leur ont succédés, ont en effet souvent été associées à cette esthétique vitaliste : rythmes sans fins, tempos jusqu’au-boutistes, déferlements d’énergie… Pourtant, house et techno ont rapidement évolué vers d’autres formes, opérant de multiples fusions, diversions et autres schismes, pour se redéployer dans le temps et l’espace d’une façon tout-à-fait inhabituelle, comparé aux genres musicaux qui les ont précédés. Cette évolution a même été si soudaine et dynamique que le terme générique de « techno » est apparu inapproprié pour décrire l’incroyable diversité des pratiques, des influences et des inspirations des musiciens.
Début 90, la vague électronique s’était développée en opposante déclarée aux autres musiques, histoire de se forger une identité, une épure, un modèle. Quelques années plus tard, les musiciens électros, amorçant une démarche plus personnelle, ont à la fois opéré un retour vers leurs racines, intégré des influences extérieures, et fini par contaminer l’ensemble des autres genres musicaux. Car pour ceux qui l’ignorent encore, le genre techno n’en est plus un. Il a désormais muté vers l’informe. Certains renouent avec les racines du jazz, d’autres avec les avant-gardes de la musique contemporaine. D’autres encore avec le dub jamaïcain, la bossa nova, la pop stylisée des années 80 ou encore le rhythm & blues… L’électronique est aujourd’hui une musique hétérogène, voire une pratique cannibale. Elle se nourrit de tous les genres qui lui sont préexistants et contemporains, les recyclant à une vitesse vertigineuse. Son esthétique n’est pas pour autant nostalgique. Disons plutôt que cet exercice de l’emprunt et de la digestion est en passe d’imposer une sorte de patrimoine globalisé et déterritorialisé. Au hasard, on a ainsi vu au cours de la dernière décennie, les Allemands s’essayer à une forme modernisée de bossa nova, les Autrichiens marier le spleen viennois aux effluves du dub jamaïcain, les Parisiens s’inspirer de la période bénie du funk et de la soul, et les afro Américains vouer parfois un culte immodéré aux figures de la pop électronique européenne. Parallèlement, l’émergence et l’existence de nombreux sous-genres ne semblent pas obéir à une logique territoriale, mais plutôt à une dynamique de flux et de réseaux (au sens où l’on peut explorer, à Copenhague comme à Cologne ou à Paris, une même niche d’expression musicale). Dans ce vaste concert des nations et cette confusion des folklores, rien ne permet plus de distinguer l’origine géographique de telle ou telle production musicale. Cette apparente déculturation, cette perte des appartenances, est née d’un complexe réseau d’influence et de communication, bâti au cours des années 90, entre chacun des artistes de cette musique ivre de vitesse et d’emprunts.

Chapelles métropolitaines
Historiquement, les genres frères de la house et de la techno sont en effet nés d’un enrichissement croisé entre la culture noire américaine, les avant-gardes occidentales, et la musique pop européenne1. Si l’on peut situer leur naissance symbolique vers 19832, c’est vers la fin des années 80, sur la côte Est des Etats-Unis, que de nombreux musiciens noirs, rejoints quelque temps plus tard par leurs compatriotes blancs, parviennent à réaliser de façon plus profonde et pérenne la synthèse de leur héritage culturel afro-américain et de l’influence lointaine de l’Europe. Cette musique peu reconnue sur ses propres terres, sinon au sein d’une élite culturelle, de minorités et de communautés spécifiques (une petite partie du public noir, latino, gay et noctambule), va alors naturellement émigrer vers les métropoles européennes, en particulier Londres et Berlin, pour finir par conquérir l’ensemble du vieux continent. Cette influence mutuelle et transatlantique va donner naissance, non pas à des scènes nationales, mais, pourrait-on dire, à des écoles métropolitaines. Dès le début des années 90, chaque ville possède ainsi son propre son, ses influences particulières, ses inclinations naturelles. Au fil de ces échanges et de ces rencontres, les musiciens, les labels qui les éditent et les lieux qui les accueillent, mettent en place une nouvelle cartographie des flux artistiques. Des liens se créent entre les artistes des deux continents, entre les DJs des différents pays. Certains américains émigrent vers l’Europe, d’autres traversent l’océan chaque week-end, rejouant à leur manière la destinée de nombreux artistes qui les ont précédés, au cours du vingtième siècle.

Pop Model
Les vocations musicales que suscitent ces voyages et ces rencontres, la rapidité d’évolution de la techno et le succès qu’elle connaît dans certains pays, vont même permettre l’établissement d’un nouvel équilibre des forces, entre le monde anglo-saxon et le reste de l’occident. Depuis la naissance du rock, ce sont en effet les cultures américaines et britanniques qui ont façonné la musique populaire, imposant leurs modèles de vie et d’expression. Avec l’émergence du son techno, on assiste à de nouveaux effets d’implantation et de distribution, notamment sur le vieux continent. La musique européenne prend alors un nouvel essor et parvient à concurrencer la domination anglo-saxonne, en termes de succès publics et créatifs, et ce même si des villes comme New York, Detroit, Chicago, Londres ou Manchester ont joué un rôle capital dans l’expansion du genre électronique. Dès la fin des années 90, l’Amérique et l’Angleterre, dont l’inspiration est à la peine, voient même leur règne sérieusement menacé, notamment par l’Allemagne, mais aussi par une multitude d’artistes répartis de par le monde. Mieux, ce sont désormais des continents comme l’Amérique latine qui prennent leur essor, et promettent de beaux lendemains à l’aventure électronique. Avec cette érosion de l’influence et de la domination anglo-saxonne, ce n’est pas seulement un modèle économique, mais aussi un modèle culturel et esthétique, celui de la pop, qui vole en éclats. Au cours des premières années techno, de nombreux musiciens, ainsi qu’une grande partie de leur public (parfois fraîchement convertis du rock à l’électro), s’opposent d’ailleurs à ce carcan culturel, désigné comme passéiste, égotiste ou désuet. L’idée n’est pas tant de s’opposer à une suprématie anglo-saxonne, mais bien de contester les codes en vigueur sur le marché de la pop, tel qu’ils se sont établis de façon immuable au cours des Trente Glorieuses.

Armes et figures
Cette révolution, on la doit par ailleurs à l’apparition d’outils et d’instruments spécifiques, dont le premier d’entre eux est le home-studio. L’usage et l’accès à ce type d’outil personnel et domestique, constitué d’un ordinateur et de quelques machines (ou même désormais de quelques logiciels stockés sur un seul et même disque dur), a profondément transformé le rapport du musicien à sa création. L’artiste électronique entre avec ses machines dans une nouvelle ère. Il est à la fois plus productif, plus réactif aux tendances et aux innovations, et capable de concrétiser rapidement son inspiration, sans recours à des moyens coûteux ou à de lourdes structures de production. Mieux, la mise au point de la norme MIDI (qui permet la synchronisation de nombreuses machines musicales), le recours à l’échantillonnage (sampling) puis à la numérisation quasi complète de toutes les étapes de la production (depuis l’échange de sons jusqu’à la gravure d’un disque), ont aussi accéléré l’évolution de la musique ainsi que les rencontres et les inspirations réciproques entre musiciens. Au terme de « musicien », on préfère même désormais celui de « producteur », désignant cette nouvelle caste de créateurs, mi-artistes mi-ingénieurs, tour à tour DJ, programmeur ou remixeur, aux commandes de leurs machines et de leur studio, dans lequel ils semblent travailler jour et nuit. Mais c’est plus encore la figure du DJ, emblème de l’époque, qui marque profondément les consciences et les pratiques. Plus volontiers opérateur, qu’artiste au sens propre du terme, le DJ jongle avec les œuvres et modèle le travail de ses pairs, selon une esthétique du flux et du collage qui a littéralement transformé la manière dont on conçoit aujourd’hui la diffusion et la réception de la musique.

Symptômes
Malgré quelques vrais succès populaires et pas mal de soubresauts médiatiques, la vague techno fût à l’origine d’une révolution de velours. Ces vingt dernières années, c’est dans un certain anonymat, grâce à des réseaux discrets et parallèles, que cette culture artistique et numérique a pris son envol. Ses innovations, ses trouvailles, sa richesse, ont ainsi souvent été masquées par des questions d’ordre économique et législatif. La notion de sampling, comprise par certains au sens de vol ou de plagiat, a par exemple beaucoup agité les milieux de la musique et du droit, à la fin des années 80. La question des raves, la consommation de drogues comme les difficultés liées à l’organisation de tels rassemblements, a passionné quant à elle les médias et les sociologues au cours des années 90, occultant tout discours sur les œuvres et les artistes. Plus récemment, c’est le problème du téléchargement gratuit et des réseaux P2P, qui ont fait oublier les questions fondamentales que posent la numérisation et la circulation accélérée de la musique.
Ainsi, pendant que les médias, les professionnels et quelques penseurs de la modernité détournaient leur attention, la musique a changé. L’apport de la technologie et son usage créatif, initié par une partie des artistes puis du public, ont en quelques années transformé notre rapport à la musique, mais aussi à l’art et à la culture en général. L’idée n’est pas ici de clamer que tout a été inventé par la génération techno, mais plus simplement de révéler et de pointer qu’au sein de cette culture populaire et technologique, s’est dessinée la plupart des mutations culturelles actuelles. On pourrait presque dire qu’en une seule et glorieuse décennie, à l’écart du plus grand nombre, s’est dessiné notre avenir.

1 : Lire à ce propos l’ouvrage d’Ariel Kyrou, « Techno Rebelle, un siècle de musiques électroniques », Denoël.
2 : Au cours de l’année 1983, deux disques fondamentaux viennent timidement se perdre dans les bacs des disquaires. « On & On », maxi produit à Chicago par le tout jeune DJ Jesse Saunders, et premier vinyle officiel de l’histoire de la house. Et « Clear », maxi électro et pré-techno flamboyant, signé Cybotron, éphémère duo de Detroit composé de Juan Aktins et Richard Davies. À eux deux, ces maxis vont irriguer l’essentiel de la dance-music à venir, susciter les vocations et connaître une longue lignée d’héritiers.

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8 Responses to “L’édition originale de « Digital Magma », à nouveau disponible”


  1. 1 kicknrun 3 juin, 2008 à 12:40

    Bonjour,

    Votre livre est-il disponible sur des sites comme Amazon et consorts ?

  2. 2 Jean-Yves Leloup 3 juin, 2008 à 1:18

    Oui, bien sûr, notamment sur Amazon, mais sur la plupart des autres sites.
    Vous pouvez aussi le commander auprès de moi et payer par Paypal ou par chèque, si vous voulez le recevoir plus vite, et dédicacé.

  3. 3 Groovenvibes 13 juin, 2008 à 10:08

    A propos des mutations concernant la diffusion de la musique et pour prolonger la lecture de Digital Magma, le site Groovenvibes a entamé une série d’articles consacrés à l’émergence de nouvelles formes de gestion des droits d’auteur ( Creative Commons, Art Libre ).

    Premier article : http://www.groovenvibes.net/post/2008/06/13/musique-libre-1

  4. 4 Amélie 8 janvier, 2009 à 12:28

    Ce livre est passionnant !!! Bravo à vous !
    Pour une grosse amatrice de musique et une étudiante comme moi, c’est vraiment un superbe outil !

    • 5 Jean-Yves Leloup 8 janvier, 2009 à 7:34

      Merci Amélie. Ca fait plaisir. Je viens justement de terminer une version réactualisée du livre, qui rappelons-le fût tout de même rédigé en 2006. Mais cette nouvelle version ne sortira pour l’instant qu’en anglais, en mai prochain, chez Sternberg Press.

  5. 6 lepacifique 8 juillet, 2011 à 10:03

    Bonjour, je souhaiterais savoir si la version réactualisée a trouvé depuis un éditeur Français? J’aimerais vraiment ajouter Digital Magma à ma collection de livres sur le sujet.
    Merci.

    • 7 Jean-Yves LELOUP 2 11 juillet, 2011 à 1:17

      Non, je n’ai pas trouvé d’éditeur pour la version réactualisée du livre qui, pour l’instant, n’est sortie qu’en anglais.

      Cependant, j’ai remis en vente la version française 2007 de Digital Magma sur Amazon. Il est désormais facile à commander.

      JY LELOUP


  1. 1 Groove n' vibes Rétrolien sur 13 juin, 2008 à 10:09

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