TUNISIE : UNE MUSIQUE À L’ODEUR DE JASMIN

Auteur : Jean-Yves Leloup
Version longue de l’article publié dans le magazine Tsugi de septembre 2011.

Branchée sur le Net, Facebook et Soundcloud, la jeunesse tunisienne s’embrase pour l’électro, le dubstep et le hip hop. Voyage dans la Tunisie post-révolutionnaire, à l’occasion du Fest, le Festival des Cultures Numériques de Carthage, quelques mois après la chute du dictateur Ben Ali.

 

Téléchargez une compilation MP3 représentant les nouvelles tendances de l’électronique en Tunisie, avec entres autres : SKNDR, Shinigami san, ZRK, Ogra, Automnone, Hajej, Krux…

 

Devant la Cathédrale de Carthage, où a lieu Le Fest, le cadavre calcinée d'une voiture de la belle-famille de Ben Ali, repeinte à l'occasion d'une performance artistique.

C’était le 14 janvier dernier. Sous la pression populaire, le président de la république Tunisienne Zine Ben Ali quittait le pouvoir après vingt-cinq ans de dictature et de répression, entraînant un séisme politique dans l’ensemble des pays du Maghreb et du Moyen-Orient.
Je débarque à Tunis le jeudi 23 juin, cinq mois après la chute du tyran et à peine quelques jours après un procès express par contumace, où la cours l’a condamné à trente-cinq ans de prison et à quarante-cinq millions d’euros d’amende. Dans la voiture qui nous emmène vers l’Acropolium de Carthage, sur la colline de Byrsa, où a lieu le festival à quelques kilomètres de Tunis, Malek, un étudiant qui fait office de chauffeur, écoute quelques tracks d’un dubstep surpuissant sur son autoradio. Au cours de ces quelques jours de rencontres avec la scène musicale tunisienne, ce sont bien souvent les déflagrations et les beats de cette bass music typiquement britannique qui nous accompagneront, semblant apporter leur tempo et leur énergie à toute la jeunesse du pays.
Pourtant, lorsque l’on jette un rapide coup d’œil alentour, Tunis à l’air bien calme. Normal, nous dit-on, la saison touristique est catastrophique. D’ailleurs, dans notre hôtel qui accueille habituellement des touristes venus de toute l’Europe, une grande partie des chambres est occupée par de riches lybiens ayant fui la guerre qui fait rage de l’autre côté de la frontière. Et puis, paraît-il, certains tunisiens hésitent encore à sortir le soir. J’ai même entendu dire que de jeunes internautes avaient développé une sévère addiction à Twitter et à Facebook jusqu’à rester cloîtré chez eux.
« Relâcher la pression… »
Lorsque l’on accède au sommet de la colline qui domine la baie de Tunis, l’ambiance est toute autre. Sur le parking, trônent deux cadavres calcinés de voitures de sport. Saisies lors d’une mise à sac d’une villa de la famille Trabelsi, elles ont depuis été taggées et repeintes de couleurs vives à l’occasion d’une performance artistique. Autour de ces deux vestiges de la tyrannie, quelques centaines de jeunes ont garé leur voiture et écoutent, sur des haut-parleurs crachotant, la techno, le dubstep, la trance ou le hardcore qui font l’ordinaire de millions de fans d’électro à travers le monde. Après les 37° de cette journée ensoleillée, dans la fraîcheur de la nuit, une bière à la main, la jeunesse tunisienne se saoule, se vide la tête et refait le monde au son de Justice ou Green Velvet.
À quelques mètres de là, le festival officiel à lieu dans la magnifique Cathédrale Saint Louis qui, désacralisée, accueille régulièrement des concerts et des spectacles. Avec le petit festival 100Live du Caire, le Fest est le seul du genre organisé dans tout le Maghreb (on annonce toutefois le lancement d’un nouveau festival à Casablanca en octobre). Ici, le programme est pointu et alléchant. Aux côtés d’installations numériques (hélas plutôt fauchées), la scène accueille sur un même pied d’égalité des artistes tunisiens (ZRK, Ogra), le génial Egyptien Mahmoud Refat (patron du 100Live et meilleur concert du festival) ainsi que quelques fines lames européennes (Addictive TV, Kangding Ray, Acid Washed, Surgeon ou Pantha du Prince). Hélas, le public n’est pas toujours au rendez-vous. « Rien d’étonnant à cela », me dit DJ Ogra, l’une des figures de la techno tunisienne. « Dans la cathédrale, la vente d’alcool est interdite et on ne peut pas vraiment prendre de drogue. En ce moment, les gens ont juste envie de se défoncer la tête. Ils veulent écouter de la musique. Mais aussi partir loin. Ce qui est normal après plus de trente ans de pression ».
La tension accumulée ces dernières mois fut en effet extrême. La révolution « de jasmin », réputée pacifique, a eu son lot de morts, de sacrifiés, de violences et de pillages. Et jusqu’en mai, les nuits de la capitale tunisienne ont souffert de nombreux couvre-feu imposés par le gouvernement. Avec son collectif Waveform, Ogra a d’ailleurs bravé l’interdit tout juste deux semaines après la chute de Ben Ali et organisé une gigantesque soirée « Under Couvre-Feu ». « Grâce à Facebook, on a rassemblé plus de 1200 personnes, dix DJ et 6 VJ, dans un hôtel qu’on a littéralement pris d’assaut. Les flics n’ont rien pu faire. Tu avais là toutes les castes de la société, des gens de Sidi Bouzid (une des villes-phares de la contestation, NDR), des friqués, des homos… ».
« Un mois plus tôt, au moment des événements de Sidi Bouzid », renchérit Skander Besbes, alias SKNDR, autre figure du mouvement électro tunisien qui participe à l’organisation du Fest, « on a lancé une grande soirée solidaire au Bœuf sur le toit, un lieu qui rassemblait sur deux scènes une douzaine d’artistes tunisiens. Dans le même ordre d’idée, fin janvier, on a aussi créé une page Soundcloud, Sonic Resistance For Dignity, avec tout un groupe de DJ et de musiciens,  où l’on a enregistré et posté dans l’urgence des morceaux destinés à soutenir ce que j’appellerais « l’effort de guerre » ». Cette initiative, typique de l’atmosphère d’entraide qui règne sur la petite scène tunisienne, a reçu quelques échos à l’étranger. Des musiciens comme High Tone, Filastine, Arnaud Rebotini, DJ Pone ou Atari Teenage Riot se sont joints à un futur projet de compilation, encore inédit. Loco Dice et le label Desolat ont promis de soutenir les jeunes musiciens tunisiens. Et Underground Resistance, le mythique collectif de Detroit s’est même fendu d’un communiqué sur Facebook : « Resistance is no more underground : big up to the people of Tunisia, Egypt and Lybia ». « C’est le genre d’attentions qui nous a apporté pas mal d’énergie, c’est un truc qui nous a fait chaud au cœur » se souvient Skander avec émotion. « Je m’en suis même fait un poster ! ».
Le vendredi et le samedi, l’after du festival a lieu dans un très beau petit club et restaurant, le Kobet Lahwé, à La Marsa, dont la terrasse donne sur la Méditerranée. L’atmosphère est plus électrique que dans la cathédrale. La techno froide et radicale de Bessem, Nejib Belkadhi, Ogra ou Molsen enflamme les corps. Et quand le VJ Boomj mêle à ses visuels colorés quelques images de la chute du dictateur, les danseurs reprennent en chœur un slogan désormais célèbre : « Dégage ! ».

Une musique à haut débit

La scène techno tunisienne est née ici à Tunis il y a à peine dix ans, grâce à quelques DJs et musiciens pionniers comme ZRK, Ogra, Shinigami San, et Skndr, suivis par Hayej, Krux, Molsen ou Automnone. Abdahallah Zarouk, alias ZRK, est l’un des premiers à s’être lancé dans l’aventure. On le rencontre quelques minutes après un set résolument techno donné en ouverture du Fest, où ce musicien timide et affable a joué pour le public quelques beaux maxis signés Robert Hood, Chris Liebing ou Jeff Mills. « J’ai découvert l’électronique à la fin des années 1990, grâce à la chaîne allemande Viva, que je regardais via le satellite » se souvient ce jeune ingénieur de Bizerte qui travaille dans la pétrochimie. « Daft Punk et l’album Homework ont été comme une révélation. J’ai commencé tout de suite à faire de la musique après les avoir découvert ». Depuis, ses productions techno à l’énergie affutée ont trouvé refuge sur des labels anglais, australiens, allemands, français ou canadiens comme Electrax, Android Music ou Brilliant, dépassant rapidement les frontières de son pays.

ZRK, qui fait office de grand frère et de pionnier, a été désormais rejoint par de plus jeunes musiciens comme Krux, converti à l’électronique, non pas par le satellite, mais par le biais du haut débit. « Avant l’Internet, il était très difficile d’écouter ce genre de musique en Tunisie, sauf via quelques amis », rappelle-t-il alors qu’on l’interviewe dans les allées du Fest. « Avec l’arrivée du haut débit il y a cinq ou six ans, on a pu mettre la main sur toutes les musiques du monde ». « Ici », ajoute-t-il dans un sourire, « on peut télécharger gratuitement, ce n’est pas vraiment considéré comme illégal ». Et d’ailleurs, même si lui ou ses potes voudraient acquérir légalement de la musique, cela leur serait bien difficile. Le dinar n’étant pas considéré comme une devise internationale, ils ne peuvent pas s’acheter de morceaux chez des disquaires en ligne comme iTunes Music Store ou Beatport. Ceci explique pourquoi la plupart d’entre eux offrent librement leur musique en téléchargement, notamment sur Soundcloud, un nouveau service en ligne en passe de détrôner Myspace, qu’ils ont pris d’assaut dès son apparition sur la Toile.

Si ZRK œuvre dans le domaine d’une techno qui revendique fièrement ses origines américaines, Krux, remarqué pour une prestation donnée au cours de l’édition précédente du festival (lire Tsugi de juillet 2010), s’inspire plutôt du break et du dubstep. Avec son pote Zied (alias Shinigami San, un des meilleurs musiciens électro tunisiens), il a fondé les soirées World Full Of Bass qui, tout comme le Fest, ont donné un bon coup de fouet à la scène électronique tunisienne encore bourgeonnante. « On a été obligés de créer notre propre scène car notre musique n’intéressait pas trop les boîtes connues de Hammamet ou les bar-restos un peu branchés de Gammarth. Pour l’instant, c’est encore difficile de jouer certaines musiques devant un public non averti, mais je crois que nous n’en sommes qu’au début. Récemment, le dubstep, plus que d’autres styles musicaux, a beaucoup marqué les jeunes et commence à connaître chez nous un petit succès. Je crois que c’est parce que c’est une musique qui défoule. C’est beaucoup plus physique que la techno. Actuellement, les gens ont l’air d’être à la recherche de cette genre de sensation ».

Son compère Bomj, VJ, lui aussi rencontré pendant Le Fest, fait partie comme Krux de ces jeunes militants électros. « Au début des années 2000 » se souvient-il, « la scène rock tunisienne a été beaucoup censurée, il devenait de plus en plus difficile d’aller à des concerts et d’écouter des groupes ». Bomj et ses amis se dirigent alors vers une électronique plus proche du dubstep ou de la hardtek, moins surveillée par le pouvoir et surtout à mille lieux de la house plus commerciale qui fait son apparition dans les clubs plus touristiques et bourgeois de Tunisie. Depuis trois ou quatre ans, Bomj et son pote Hayej organisent même « des genres de free-parties », qu’ils appellent ici des Steppers. « Ca se passe dans des domaines privées comme des fermes par exemple, loin des villes, en plein campagne. On y joue des trucs variés comme du dub, du dubstep, de la hardtek et aussi de l’électronique plus expérimentale. Tiens, il y a tout juste deux semaines, on a organisé une fête avec sept DJ, trois VJ et au moins trois cent personne, au Kef, à environ 150 km de Tunis, près de la frontière algérienne ». Skander renchérit : « la scène a vraiment commencé à bouger vers 2007. Des salles comme le Bœuf Sur Le Toit et la Soukra ont permis à de jeunes artistes tunisiens de jouer sur scène et puis, six mois plus tard, la première édition du Fest a été organisée. Ce qui était nouveau avec ce festival, c’était que les artistes tunisiens étaient traités sur le même pied d’égalité que les artistes internationaux et n’étaient pas que de simple faire-valoir, comme c’était le cas auparavant dans les discothèques plus commerciales. Depuis, on sent que ça bouge. Chaque semaine, dans la région de Tunis, on peut écouter des collectifs dans des petits clubs ou des bars, pour du live ou du mix dans des genres hyper variés. En fait, en ce moment, on assimile la culture électronique en un temps record car on a accumulé un gros retard. Grâce au Net, on découvre en même temps les origines de ce mouvement, comme la musique de Detroit par exemple, mais aussi toute la vague anglaise des années 1990 et bien sûr les tendances les plus récentes. Ca donne une grande liberté aux musiciens, les gens sont encore dans une logique d’écoute et de découverte, c’est ce qui est excitant ».

La compilation rassemblée par Skander, que vous pouvez librement télécharger ici, reflète cet état d’esprit. Autour d’un son plutôt énergique et ténébreux, on peut y découvrir en particulier le « Toys » de Shinigami San (Zied Meddeb Hamrouni), extrait de son album du même nom, récemment publié par le petit label lyonnais, F4T Music, que l’on peut considérer comme l’un des premiers disques majeurs de la scène tunisienne. Sur cette même compile digitale, les pionniers ZRK et Ogra creusent le sillon d’une techno puissante ou mentale, digne de ses aînés américains des années 1990. Automnone signe un excellent track de dubstep élastique et bondissant. Hayej du collectif Steppers, connecte les basses du dubstep aux rythmes et aux chants traditionnels nord-africains. Ynfl-X développe quant à lui les expériences électronica d’Autechre. Et enfin SKNDR signe « Hexagone Machine », un morceau taillé pour les hangars, ou les cathédrales.

Un rôle de passeur
La (petite) scène électronique tunisienne a été boostée par l’arrivée du Fest, un projet un peu fou né en 2007 dans l’esprit d’Afif Riahi, et financé par des fonds européens. « Mon idée », raconte ce franco-tunisien d’une quarantaine d’année, résidant à Paris, mais qui a en grande partie grandi à Tunis, « c’est de jouer un rôle de passeur auprès du public tunisien, pour que les gens aient un moyen de comparaison. Pour l’instant, il s’agit de leur apporter différents sons de cloche, pour qu’ils puissent savoir ce qu’ils aiment. Il y a ici une culture très formatée depuis très longtemps, et qui date d’avant Ben Ali. On n’a pas encore de génération qui a vécu hors tyrannie.  On ne sait pas encore si les jeunes d’ici sont capables d’émettre une opinion approfondie sur la politique, la culture et l’avenir du pays. Il y a encore un long travail à faire. Mais c’est sûr que depuis la chute de Ben Ali, ont sent qu’ils sont hyper motivés, hyper actifs, qu’ils ont une nette envie de voir leur pays prendre une nouvelle direction, reste à leur donner la méthode, pour que ça ne tourne pas à la catastrophe ».
En attendant que la jeunesse se mette en marche, ou réalise les utopies nées avec la révolution, Le Fest offrait donc pour cette cinquième édition, outre les DJ sets des tunisiens ZRK et Ogra, un large panel d’artistes témoignant de la créativité de la scène internationale : la techno mentale, obsessionnelle et avant-gardiste du Britannique Surgeon ; le show vidéo du duo anglais Addictive TV, passé maître dans l’art du sampling et du collage visuel ; les collages sonores techno-poétique du berlinois Pantha du Prince ; le dancefloor néo-disco du duo Acid Washed ; les incroyables déflagrations de basse du français Niveau Zero (beau succès chez les jeunes tunisiens) ; ou enfin l’électronica ultra-dynamique de son compatriote Kangding Ray.
Mais, hormis ces artistes désormais reconnus qui font souvent le succès de nombreux festivals européens, ce sont deux autres personnalités qui ont retenu notre attention au sein de cette programmation. Tout d’abord Julie Rousse, jeune artiste sonore française, venue de l’improvisation, auteure, devant un public hélas clairsemé, d’un live particulièrement inspiré, mêlant textures électroniques, paysages sonores et lointains échos de la vie tunisienne. À quelques mètres de là, la compositrice parisienne présentait d’ailleurs Space 140, une installation sonore réalisée avec le plasticien Franck Ancel, composée de mots et de phrases-clés, lus ou entendus sur les réseaux sociaux, à l’heure de la nouvelle ferveur démocratique tunisienne.
Outre cette révélation française, c’est sans conteste le musicien électronique égyptien Mahmoud Refat qui a dominé ces quatre jours de festival. Venu du Caire, Refat pratique une électronique franchement inédite chez nous, ou d’ailleurs dans tout le reste du Maghreb. Débutant chacun de ses titres à l’aide d’un simple souffle ou de quelques vibrations, à peine plus audibles que le silence, il construit patiemment d’étonnantes architectures rythmiques, loin du dancefloor, mais tout aussi hypnotiques et envoûtantes que les plus belles pièces de techno. Chacun de ses titres se termine dans le chaos, proche du bruit pur, composant de la sorte une forme de transe ultramoderne, aux lointains échos arabes, touchant parfois au génie.
Lorsque l’on discute avec Mahmoud Refat, quelques minutes avec après son concert, le patron du label 100Copies nous raconte qu’il arrive du Caire, où la dernière édition de son festival 100Live vient tout juste de se terminer (les Cairotes ont pu par exemple y découvrir le Français Jackson, les Allemands de Mouse On Mars ou des musiciens égyptiens peu connus chez nous comme Hassan Khan et Maurice Louca). Refat, comme ses collègues tunisiens, a du mal décrire précisément l’influence de la révolution, à laquelle il a participé activement, sur sa musique. « C’est encore trop tôt » nous dit-il, « mais il est vrai que les récents événements du Caire ont apporté aux musiciens comme aux artistes, un surcroît d’espoir, d’énergie et de liberté. Et puis, peut-être que mes récents morceaux, aux ambiances de transe et de chaos, reflètent cet état d’esprit… ».
« Maintenant, il faut foncer »
En Tunisie, si l’électronique défoule les corps et mobilise les énergies, c’est le hip hop qui élève les consciences. Certes, les premiers artistes à s’être élevé contre le système Ben Ali viennent plutôt de la chanson traditionnelle comme Badiaa Bouhrizi, Emel Mathlouthi et Bendir Man. Mais c’est à l’évidence un courageux (et inconscient) rappeur de vingt-et-un ans, Hamada Ben Amor, alias El General, qui a mis le feu aux poudres. Le 7 novembre il poste sur Facebook, Raïs Lebled (Président du pays) et le mois suivant, Tounes Bledna (La Tunisie, Notre pays), deux brûlots rap qui ne plaisent pas vraiment au terrible Ben Ali. El General est arrêté sur l’ordre d’El Presidente, puis libéré grâce à la pression populaire, montrant la voie à des millions d’autres jeunes tunisiens, étouffés par le système et la corruption ambiante.
Depuis, l’initiative d’El General et la Révolution de Jasmin ont comme galvanisé les énergies. Skander se sent par exemple enfin prêt à lancer son label, Hexadécimal, dont il  ruminait la création depuis 2006.  « Par le passé, sous Ben Ali, on hésitait vraiment à monter des projets ou même une simple asso. On pouvait à tout moment se faire voler son idée et il n’existait pas de justice pour nous protéger. Tout cela avait donc fini par nous inhiber. Maintenant, il est évident que l’on va pouvoir se professionnaliser, rémunérer des gens, aider les artistes locaux ». Amine, rencontré au Fest, jeune directeur artistique dans la pub, a ainsi lancé récemment le très beau site Graphik Island, dédié au street-art et à la culture underground. Mehdi Kerrit, bénévole pour le même festival, étudiant en audiovisuel, se dit « super optimiste », voire « idéaliste » face à l’avenir qui s’offre à lui. Récemment, il a réussi à obtenir des fonds pour monter sa start-up, Zoopolis, un portail dédié à l’actualité artistique.
Enfin Ogra, rentré récemment de Paris comme beaucoup d’autres tunisiens, n’entend pas se limiter à organiser quelques fêtes, aussi belles soient-elles. « J’ai récemment monté Le Plug » rappelle-t-il,  « un lieu plutôt techno, destiné aux afters. Mais je planche surtout sur un centre de musique actuelle, un truc privé, à la fois café-concert, studio et structure d’aide à la diffusion ». Un projet qui n’aurait jamais été possible il y a quelques mois, tant l’emprise du Clan Ben Ali sur la vie économique avait fini par décourager la moindre initiative.
Alors bien sûr, dans cette atmosphère postrévolutionnaire encore incertaine (les élections auront lieu en octobre), tout le monde n’affiche pas le même optimisme, ou le même idéalisme. Il y a ceux qui se disent vigilant quant à l’avenir du pays, ceux qui doutent ou même certains cyniques qui ne croient pas une seule seconde la pérennité du changement de régime. Des esprits chagrins selon Ogra, pour qui l’époque n’est plus aux tergiversations : « Franchement, on n’a pas le temps de douter. Il ne faut pas laisser la place à des extrémistes ou à des gens mal intentionnés. Il faut avancer tout court. Et même foncer ».
Ogra n’a sans doute pas tort. Le 27 juin, jour de notre départ, on apprend qu’un groupe de quatre-vingt salafistes, armés de bâtons, de barres de fer et de bombes lacrymo, ont empêché la diffusion d’un documentaire consacré à la laïcité, dans un cinéma du centre-ville. Son titre : Ni Allah, ni maîtres.

Pour ceux qui s’intéressent à la question des cultures numériques et électroniques au Maghreb, sachez que le centre Irisso, organise à Casablanca du 25 au 29 octobre 2011 le festival international des arts numériques (FAN). Le FAN est actuellement  à la recherche d’artistes africains francophones œuvrant  dans les domaines de la performance audiovisuelle (VJ)  et la danse et multimédia. Contactez pour cela : Majid Seddati : majid.seddati1@yahoo.fr

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