PÊCHEURS DE SONS, PIRATES DES ONDES

Version longue de l’article publié dans le mensuel Tsugi d’octobre 2011.
Texte : Jean-Yves Leloup
Images : Jean-Yves Leloup, Vincent Moon, Roman Servat, Jake Harper, Stephan Crasneanscki.

Ils piratent les ondes et collectent les sons des villes, des océans et des déserts, composant une musique aux frontières de l’électronica, de l’ambient et du sound art. Cet été, nous avons rejoint le Collectif Soundwalk à bord d’une goélette voguant sur la Mer Noire. Journal de bord, rédigé entre Istanbul et le festival techno de KaZantip.

Le très beau livre MEDEA, inspiré de ce voyage, rassemblant textes, photos et album, est disponible  aux éditions Dis Voir, en version anglaise ou française.

Parfois routards, nomades ou pêcheurs au grand large, les artistes du collectif Soundwalk parcourent inlassablement la surface du globe. Depuis le début des années 2000, ce groupe new-yorkais fondé par Stephan Crasneanscki, est connu pour ses parcours urbains, ses documentaires et ses fictions sonores dédiés à New York, Paris ou Shangaï, que les auditeurs sont invités à écouter sur un Smartphone ou un baladeur MP3 (on en parle ici). Mais, loin des métropoles, le collectif explore aussi les grands espaces de notre petite planète. Armés de micros et de scanners balayant les ondes, Stephan et ses acolytes Kamran Sadeghi, Simone Merli, Dug Winningham et Jake Harper collectent des sons aux quatre coins du monde. Du détroit de Gibraltar au terrible désert de Rub’ Al Khali, en passant par les routes de l’Europe Centrale, les rives du Gange ou de la Méditerranée. Au fil de ces voyages, ils composent de longues bandes-son méditatives, qu’ils restituent sous forme d’installations et de performances, dans lequel se croisent sons urbains ou naturels, traitements électroniques, chants populaires, personnages rencontrés sur la route ou voix et dialogues captés au fil des ondes.

Écoutez un premier extrait de la pièce Medea, réalisée au fil de ce voyage sur la Mer Noire. Et un second extrait ici.

Leur nouveau voyage sur la Mer Noire fait suite à un autre périple et une autre bande-son, Le syndrome d’Ulysse, mené sur les traces du célèbre navigateur grec au fil de la Méditerranée. « Au cours de ce voyage, raconte Stephan Crasneanscki, nous avions collecté des milliers d’heures de son, de discussions, de musiques, de chants coraniques ou catholiques, d’histoires de clandestins, de trafiquants de cigarettes ou de conversations amoureuses entre marins et femmes restées à terre, afin de créer une fresque sonore contemporaine, un état des lieux du son des côtes, une sorte d’anthropologie poétique, composée de milliers de voix et de langues, de l’Afrique du Nord à la Grèce, en passant par l’Italie et la France ». À l’évidence, ce thème du voyage ou plutôt de la perte et de la dérive obsède Stephan, un artiste nomade flanqué de trois passeports, toujours en partance, débordant de projets et d’idées de voyage, qui ne sent chez lui nulle part, ni à Odessa (ou il est né), ni à Paris (où il a grandi) et pas même à New York (ou il vit quelques mois de l’année). Au fond, l’idée du syndrome d’Ulysse, dont le terme désigne un stress chronique que les migrants peuvent rencontrer lorsqu’il s’installent dans une nouvelle résidence, s’adapte plutôt bien à ce type de personnage, qui semble condamné à errer sur la route ou, ici, sur les flots.

7-8 juillet : Dans le port d’Istanbul
Il y a encore quelques jours, l’avenir du Black Sea Project était incertain. Malgré les 40 000 euros de budget rassemblés par l’équipe, les bateaux à louer sont encore trop chers et surtout, pas un équipage ne souhaite s’aventurer sur la Mer Noire, où ne circulent que quelques cargos et pas un seul navire de plaisance. Au dernier moment, c’est une aristocrate hollandaise farfelue qui prête pour une petite somme, sa goélette de 26 mètres, La Vicomtesse, son capitaine, son cuisinier et ses deux hommes d’équipage. C’est donc parti pour quatre semaines d’odyssée, menée au fil des côtes de Turquie, de Géorgie, de Russie, d’Ukraine et de Crimée.
À bord se sont embarqués quatre membres du collectif Soundwalk : Kamran, Simone, Jake et Stephan. À leurs côtés, Romain, trentenaire et déjà vieux loup de mer, chargé de la navigation. Vincent Moon, un génial cinéaste français, lui aussi globe-trotter, qui tournera et montera son nouveau film à bord. Et Arthur Larrue qui racontera au jour le jour le périple de ce qu’il appelle déjà notre « petite république de pêcheurs de bruits ». Ce jeune écrivain français, rencontré à Saint Petersbourg, possède un style d’une belle humanité, et décrit avec poésie le laboratoire sonore embarqué à bord : « Nous avons quatre scanners à voyants verts, des microphones à poils de chats, des fils noirs qui courent et frisent sur le sol, avec cela trois antennes qui ressemblent à des araignées. Elles sont accrochées en haut du grand mât. Leurs toiles couvrent ensemble un rayon de quarante miles. Nous creusons grâce à elles  des sillons dans le silence, nous récoltons des dialogues de marins, des couinements de sonars, des plaintes de cordages, des prières de muezzins. Tous les sons qui composent la Mer Noire lorsqu’on ferme les yeux ».

9 Juillet : Le Bosphore
Le départ d’Istanbul, ville de rêve et de chimère, et la traversée du Bosphore émerveille toute l’équipe. En débouchant sur la Mer Noire, la frêle goélette croise des centaines de tankers aux dimensions gigantesques qui, secouant les flots et chargés de gaz, partent rejoindre les ports d’ici et d’ailleurs.

10-14 Juillet : Premiers jours sur la Mer Noire
Les côtes turques se dévoilent. Des vallées abruptes, des rives embrumées, une eau sombre, une mer vide. Sur les ondes radios comme depuis les minarets que l’on perçoit au lointain, les chants coraniques accompagnent les premiers jours de navigation sur ce « grand désert qui tangue », selon l’expression d’Arthur.  L’écrivain raconte : « Nous ne voyons personne et pourtant nous captons les messages anodins, sérieux, furtifs de milliers d’hommes qui se croisent ou s’éloignent. (…) Ces ondes ont un corps, elles se dévoilent en courbes colorées sur nos écrans d’ordinateur. (…) Les ondes hertziennes voyagent grâce à l’éther, sur la mer elles sont plus fortes et plus libres, dans leur élément, et c’est pourquoi nous nous sommes tous improvisés marins. Notre laboratoire sonore ne pouvait être qu’un bateau. La mer est le lieu des sons, sur la terre on est comme sourd et enfermé ».

15 Juillet : Trabzon, Turquie.
Il n’existe aucune marina sur la Mer Noire. Dans le port de Trabzon, la goélette partage son espace avec quelques cargos. « Ici, raconte Stephan, on rencontre des gens qui ne vivent pas leurs voyages d’un point de vue touristique ou romantique, mais de vrais forçats de la mer, qui bossent dur pour vivre, ou survivre ». L’équipe passe ainsi une longue nuit à boire avec des marins descendus depuis Saint Pétersbourg. Au petit matin, alors que La Vicomtesse est déjà loin, l’un deux entame à la guitare l’un de ces airs préférés, sur les ondes hertziennes, en guise d’adieu.

17 Juillet : Un studio face à l’horizon
Avec ses dizaines de laptops et de disques durs externes, le pont du bateau ressemble à un étrange studio mobile. D’un côté, Jake et Simone scannent les ondes parcourant la surface des flots. De l’autre, Stephan et Kamran travaillent sur la version techno, minimale et dub d’une nouvelle pièce, The Last Beat. Au cours de l’été 2010, le collectif s’est rendu à Ibiza pour y enregistrer pendant toute une nuit les sons du célèbre club le DC 10, à l’aide de microphones contacts. Placé sur une surface ou un instrument, ce type de micro permet de capter des sons qui ne sont habituellement pas perçus par l’oreille humaine. The Last Beat, dans sa version techno ou ambient, nous fait ainsi découvrir ce club sous un nouvel aspect, mêlant rythmiques étoufées, vibrations de basses, cris des danseurs et passages réguliers des avions, la terrasse du DC 10 étant placé face à l’aéroport d’Ibiza.

18-20 Juillet : Batumi, Géorgie.
La Goélette mouille à Batumi, seconde ville de Géorgie. L’équipe reste ici quelques jours, le temps d’enregistrer dans l’arrière-pays quelques vieux chants de marins et de montagnards. Mais surtout, ils s’apprêtent à donner deux concerts hautement improbables. Le premier a lieu dans le cadre du festival de jazz. Soundwalk joue pour la première fois une version techno de The Last Beat devant une cinquantaine de badauds interloqués. Le groupe joue si fort, raconte Arthur, qu’une riveraine en robe de chambre et en chaussons débarque toute affolée pour demander qu’on éteigne ou qu’on change de style.
Plus improbable encore, le collectif est invité à la dernière minute à jouer pour le président Géorgien. Le groupe se retrouve ainsi face à Mikheil Saakachvili, entouré de ses gardes du corps surarmés (la guerre est encore récente) et d’une centaine d’invités triés sur le volet. Soundwalk interprète Le syndrome d’Ulysse, qui ne semble pas émouvoir le moins du monde le président. Régulièrement, son bras droit, plutôt stressé, s’inquiète de la tonalité expérimentale de la musique et exige désespéremment de la part des artistes une musique « more happy ». « Sans doute l’un des concerts le plus surréalistes de toute ma vie » nous confira Stephan en riant, quelques jours plus tard.

22-23 Juillet : Une mer ténébreuse
Loin des côtes, Stephan respire. « Je passe parfois par des sommets d’anxiété nous dit-il. Dans chaque port, on doit affronter les douanes, l’immigration et la police qui débarquent régulièrement sur le bateau. Notre équipement de scanning, donc d’espionnage, est à la frontière de la légalité. Nous l’utilisons à des fins artistiques, mais comment expliquer ça à des sergents russes ou des généraux georgiens ?  Chaque fois que l’on approche des côtes, c’est la panique, on démonte les scanners et les antennes et on invente des scénarios pour expliquer la présence d’un tel matos ».
Pendant ces deux jours de pleine mer, qui mènent le bateau de Batumi jusqu’à Yalta, il s’agit aussi d’éviter l’Abkhazie et ses pirates, tout comme la Russie et sa police. Impossible par contre d’éviter la tempête qui vide les tripes de toute l’équipe pendant de longues heures. La Mer Noire est en effet souvent victime d’une météo capricieuse, liée à son étendue et à la présence de massifs montagneux. Rien d’étonnant à ce qu’elle possède une si mauvaise réputation chez les marins. De plus, selon Stephan, la Mer Noire est marquée la mythe de Médée, de Jason et des Argonautes. « Une femme, qui a trahi son père, sa famille et sa tribu pour suivre Jason en Grèce qui, lui-même finira par la trahir avant qu’elle ne tue leurs propres enfants. Une histoire très noire, meurtrière, sanglante, qui s’adapte finalement bien à cette mer qui est elle aussi noire, fière et inattendue ».

3 Août : Entre Odessa et la Crimée
Selon Stephan, La Vicomtesse ressemble parfois à un bateau de pêcheurs japonais. « Nuit et jour, on pêche le son, que l’on capture dans nos scanners en guise de filet. Une fois enregistrés, ces voix, ces chœurs religieux, ces chants de marins, ces musiques captées sur les ondes FM ou AM, ce magma sonore de fréquences et de brouillages, sont découpés, labellés puis montés sur l’arrière-pont sur lequel fonctionnent parfois une dizaine de laptops ».
Aujourd’hui, alors que Vincent Moon travaille inlassablement au montage de son film, le trio répète l’un de ses lives, face à l’horizon. On en profite pour écouter au casque un court extrait du Black Sea Project, désormais intitulé Medea, dont la durée finale devrait atteindre les 24 heures. On se laisse bercer et emporter par leurs collages de voix russes chuchotées, de conversations radios, au sein desquels surnagent le bruits des vagues et de lointaines mélopées, à la fois tristes et slaves.
Une fois loin des côtes, Stephan demande au capitaine de couper le moteur, afin de permettre à l’équipe d’enregistrer au plus près le son des vagues et des clapotis, les grincements de la coque de bois, le vent à travers les voiles. Un beau moment d’attention et d’écoute, quasi spirituel, qui en dit beaucoup sur la passion qu’entretiennent ces artistes avec notre monde sonore et sensible.

3 août au soir : Sound Invaders
Vincent profite de la nuit, dans une crique de Crimée, au large d’une petite station balnéaire et popu, pour nous montrer un pré-montage de son futur film. Au cours des premières minutes, on est subjugué par les lents mouvements de la caméra, le ressac hypnotique des vagues, au milieu desquelles surgissent un couple de dauphins. S’ensuivent des séquences énigmatiques et sans paroles, filmées suivant le mouvement du tangage, dans lesquelles se découpent des personnages mystérieux, des ombres, des silhouettes équipées de casques et de micros. Des sortes d’envahisseurs, selon Vincent, pénétrant un territoire inconnu et explorant des côtes étrangères.

4 août : Terre, Terre !
Des kite-sufeurs, des véliplanchistes, quelques parachutes ascensionnels et surtout trois dauphins filant à grande vitesse, annoncent notre arrivée sur le site de KaZantip, terme de notre voyage. Ce festival techno, installé désormais sur une vaste plage de la Crimée, n’a pas encore tout à fait débuté. « Demain, nous dit l’un des programmateurs montés à bord, les gens seront fous. It will be hell ! ».
L’enfer ressemble plutôt à la capitainerie du port d’Eupatoria. Avant que l’on regagne définitivement la terre ferme, les autorités soutirent à l’équipe de Soundwalk et à la propriétaire du bateau plus de 1200 euros de pots-de-vin.

5 août : Au bout du monde
Popovka ressemble à une ville du bout du monde, une ville du far-west, située à l’extrémité de la presqu’île de Crimée. Quelques pavillons de parpaings ont récemment poussé ici, autour de ruelles de terre. Les plus vieux pavillons ont été transformés en guest-house, destinés à accueillir les jeunes russes qui convergent chaque été pour s’éclater à KaZantip, sorte d’immense fête foraine techno déversant des millions de BPM non stop, pendant près de trois semaines.


Après le silence de la mer, ou du moins le son hypnotique des vagues, le choc est rude. On plonge dans les rythmes  tambourinés d’une techno des plus ordinaires, ou d’une house plutôt bas de gamme, et dans une ambiance festive un peu frelatée. Il faut dire que les pays de l’est, et en particulier les pays de l’ex-empire soviétique, ont adopté depuis quelques années déjà la techno et ses tendances les plus mercantiles. Partout, de l’euro-dance speedée à 160 BPM s’échappe des autoradios, des boombox et des bistrots les plus reculés. Une musique cheap et synthétique, heureuse et enthousiaste, célébrant la vitesse, la jeunesse et la modernité, symbolisant sans doute pour de nombreux russes et ukrainiens, l’accession à de nouvelles richesses et à la modernité occidentale.
Parmi les centaines de DJ tâcherons chargés d’animer « the ultimate party land » (c’est l’un des slogans de KaZantip), les programmateurs ont tout de même fait appel à une poignée d’artistes plus ambitieux. On annonce ici Ivan Smagghe, Cassy, Ricardo Villalobos et donc Soundwalk, invité à présenter la version minimale et techno de The Last Beat, lors de l’ouverture officielle du festival, et pendant les quatres jours suivant.

6 août : Entre Giger et Bora Bora
Si l’ambiance de KaZantip, son service de sécu aux couleurs d’une milice privée, ses hordes de russes bourrés, son côté pompe à fric et sa fausse image de festival libertaire, peuvent paraître un rien déprimant, son décor est impressionnant. Ici, une quinzaine de bars et une dizaine de dancefloors composent une sorte de village-vacances dont l’architecture aurait été confié au Giger d’Alien, aux motards de Mad Max et aux G.O. d’un Club Med sous acide. Près du rivage, une gigantesque scène domine l’ensemble des batiments de béton, de ferraille et de bois. Équipée d’une piscine, de salons et d’appartement privés, elle est entièrement réservée à l’usage d’un oligarque russe qui, chaque été, vient passer cinq jours, entourés de ses amis, ses DJ et ses putes qui, paraît-il, ont ordre de ne s’adresser qu’à son auguste personne.
Au milieu de ce décor évoluent des gamins déguisés en robot, des jeunes filles aux jambes interminables et à l’érotisme éffronté, quelques créatures façon japanime et des jeunes russes titubant sous l’effet de la vodka, de la bière et d’un redoutable mousseux qu’ils sirotent dès le matin. KaZantip constitue ainsi le grand défouloir estival pour de nombreux jeunes moscovites, descendus vers l’Ukraine afin de dépenser les quelques roubles qu’ils ont réussi à mettre de côté. Une jeune fille, éveillée depuis 36 heures, nous l’affirme lorsqu’elle nous accueille sur la plage avec un large sourire : « dormir, c’est mauvais pour la santé ».

7 août : On the road again
Après quatre semaines de voyage et parfois de solitude maritime, l’équipe de Soundwalk à l’air d’apprécier cette atmosphère de fête foraine, adolescente et déjantée, qui leur permet d’expurger les longues heures de travail qu’ils ont consacré à leurs ordinateurs. Et puis, autant profiter de la fête, car dans quelques jours, chacun repartira de son côté. Vincent, cinéaste désormais nomade, se prépare à un nouveau trip vers Istanbul, la Colombie et l’Indonésie. Jake, Stephan et Arthur s’apprêtent à terminer leur voyage, cette fois-ci sur la terre ferme, sur les routes de Bulgarie et de Roumanie. Et puis dans deux semaines, le collectif Soundwalk sera à nouveau réuni pour quelques jours de concerts, loin de la Mer Noire, cette fois-ci à Singapour.

Medea, une publication rassemblant textes, images et musique, sera publié début 2012 dans la collection Zag-Zig aux éditions Dis Voir..

Le journal de bord d’Arthur Larrue est à lire sur : http://www.soundwalk.com/blog/tag/black-sea-diary/

http://soundwalkcollective.com/

Publicités

1 Response to “PÊCHEURS DE SONS, PIRATES DES ONDES”



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s





%d blogueurs aiment cette page :