Digital & Nueva Cumbia : freestyle de ritmos

Auteur : Jean-Yves Leloup
Version longue et inédite d’un article publié à l’automne 2011 dans le magazine Tsugi.
L'équipe du label Zizek de Buenos Aires

L’équipe du label Zizek de Buenos Aires

Entre folklore, bricolages numériques et culture du sound-system, une nouvelle vague de musiciens et de DJs de Buenos Aires revitalisent les rythmes ancestraux de la cumbia et de toute la musique sud-américaine. Avec El Remolón, Chancha Via Circuito ou El Hijo De La Cumbia, vous n’écouterez plus jamais un bandonéon ou une flûte de pan de la même manière.

Un soir de septembre, un rythme de cumbia synthétique envahit le 104. Le tranquille et placide El Remolón vient de lâcher depuis son laptop, « Bolivia », un titre lent, à la mélodie heureuse et entêtante, flirtant avec le dub, porté par un groove paresseux (c’est le sens du mot « remolón »). L’effet est immédiat. Ces anciennes Pompes Funèbres parisiennes, reconverties en vaste établissement culturel, s’imprègnent d’une sensualité qu’elles n’ont sans doute jamais connu par le passé. La douceur du tempo libére les corps, les filles ondulent gracieusement les bras, les sourires s’affichent sur le visage de chacun des danseurs. Pour certains, c’est comme une révélation, voire une épiphanie. Le son à la fois électronique et latin de cette nouvelle vague venue de Buenos Aires, encore totalement inconnu en France, possède une telle fraîcheur, et un tel caractère novateur, qu’il semble effacer en quelques mesures, plus de vingt ans d’histoire de house, de techno ou d’électro.

Parfois, tout en pianotant sur son ordi, El Remolón, le sourire en coin et la chemise à fleur, empoigne le micro, interprétant une chanson au charme cadencé, entre rap tranquíl et confidence de crooner. Son set, à la fois cool et magistral, se termine par une étrange forme de transe, portée par une voix en boucle déclamant un simple mot, « bailando » (en français « dansant »), noyé dans la réverb et de lointains échos de percussions. 

Le set de Lagartijeando qui lui succède, sonne plus exotique, et plus inventif encore. Entre laptop et flûte des Andes, Mati Zundel revisite avec une folle intelligence le folklore et les percussions du continent sud-américain, enrichies d’inflexions dubstep ou drum & bass.

À quelques mètres de là, sous la nef du 104, le trio Tremor livre un concert tout aussi réussi, mariant percussions traditionnelles, séquences synthétiques et influences croisant le dub et le psychédélisme.

Enfin, dernier argentin de la soirée, El Hijo De La Cumbia, aux commandes d’un sound-system au son plus massif, parfume sa cumbia au downtempo et aux infusions de dub, face à un public français conquis. C’est bien simple, avec lui, le bandonéon sonne aussi dynamique et diabolique qu’une TB 303, ce petit instrument électronique qui délivrait hier encore les boucles obsédantes de l’acid house ou de la trance.

Cumbia panamericana

Pour beaucoup d’entre nous, la cumbia n’évoque pas grand chose, si ce n’est peut-être « La Colegiala » de Rodolfo Y Su Tipica, célèbre bande-son d’un spot Nescafé des années 1980. Les amateurs de sono mondiale et de folklore savent quant à eux que c’est à la fois une danse et une musique, nées en Colombie au 18e siècle, parfaite synthèse de l’histoire du continent sud-américain. Les percussions et tambours viennent d’Afrique, les sifflets et les flûtes sont d’origines indiennes, tandis que les chansons viennent de la poésie espagnole. Au fil de ses migrations, la Cumbia s’est exportée vers des pays comme Cuba, le Panama, le Mexique, le Pérou ou, partir des années 1930, l’Argentine, se métissant avec les cultures locales.

Avec la Cumbia Sonidera, le Mexique a récemment renouvelé cette musique traditionnelle et panaméricaine, sous la forme d’une cumbia au tempo languide, nourrie à l’électro, au hip hop et à la bass music, jouée lors de gigantesques sound-systems organisés dans les faubourgs désolés des grandes villes du pays. Avec la Cumbia Villera et son tempo traînant, les ghettos de l’Argentine, et en particulier de Buenos Aires, ont eux aussi fait évoluer le genre, sous la forme d’une cumbia plus cheap et synthétique, souvent très commerciale, d’inspiration gangsta, dont les paroles et l’attitude peuvent rappeler le Baile Funk de Rio de Janeiro.

Vous pouvez retrouver la suite  et la majeure partie de cet article dans le livre « MUSIQUE NON-STOP : POP MUTATIONS ET RÉVOLUTION TECHNO », disponible à partir du 22 mai 2015 aux Éditions Le Mot Et Le Reste.

Site de l’éditeur

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