THE ELECTRIFYING MOJO : SOCRATE NOIR

Texte : Jean-Yves Leloup. Image : Le bitume lézardé du centre-ville de Detroit par Pierre-Emmanuel Rastoin


Le documentaire, The Cyles Of The Mental Machine : Sur les traces d’Electrifying Mojo , évoque la figure légendaire de cet animateur radio qui a inspiré toute la scène de Detroit, à l’heure de l’émergence de la techno.

Prochaine diffusion du film le samedi 6 avril 2013 à 20h30 au Forum des Images dans le cadre de la programmation « En avant la musique : musique et société » (Facebook Event / Achat de billets en ligne) en présence de la réalisatrice et de Matthieu Guillien, professeur en histoire des musiques électroniques à la Sorbonne Nouvelle.

Le DVD est disponible à la vente notamment chez Amazon.

C’est à un voyage initiatique que nous invite Jacqueline Caux, réalisatrice de ce documentaire émouvant. Un trip qui, s’il est motivé par la passion de cette auteure et artiste pour les rythmes machiniques de la Motor-City, remonte aux sources de la musique noire américaine et dresse un portrait humaniste de la capitale techno. Traversant la ville de part en part, elle visite ainsi studios, clubs, églises, ateliers, immeubles abandonnés et terrains en friche, tout en évoquant les racines blues et gospel du genre, les événements sociaux et politiques qui ont secoué la ville depuis les émeutes de 67 et la crise de 73, sans oublier la grande époque du label Tamla Motown, et bien sûr la naissance de l’électronique moderne. Il y a quelques grands moments dans ce film. Une longue scène, filmée à l’église, où un génial pasteur, habité par la soul, électrise la foule. Et une autre, tournée à l’intérieur du petit club, Bert’s, où se succèdent jeunes musiciens de jazz, rappeurs en herbe et vieilles mamas venant crier leur amour du rhythm & blues. On y rencontre aussi Carl Craig, on pénètre les studios de Submerge et l’on comprend un peu mieux ce qui semble lier ces musiciens à « cette ville au charme tout à la fois puissant et paradoxal ».
Mais surtout, cette visite est ponctuée par deux voix, belles et graves. Celle de Mad Mike, fondateur d’UR qui, fidèle à sa légende, apparaît en ombre chinoise. Et puis surtout celle de Charles Johnson, mieux connu sous le nom de The Electrifying Mojo, DJ-radio historique (entre 77 à 98) qui a initié tous les gamins de Detroit à la beauté du groove comme à celle de l’électronique. En diffusant dans ses émissions mythiques, Prince et les B 52’s, Devo et George Clinton, Zapp, Kraftwerk ou Philip Glass (notamment dans la seconde partie de ses shows, sous le titre de Midnight Funk Association), en soutenant et encourageant tous les jeunes pionniers technos, cette personnalité hors du commun a, de l’avis de tous, façonné le paysage musical de Detroit. Intègre, rebelle et inflexible à l’endoctrinement des auditeurs prôné par les programmateurs radios, il passera ainsi de stations en stations (les plus célèbres furent WJLB, WGPR, WHYT et WTWR), faisant découvrir la musique blanche au noirs et vice-versa, ce qui lui vaudra souvent beaucoup de soucis au sein des médias, tous très culturellement ségrégationnistes.
Mais son aura, Mojo le doit aussi à sa voix hypnotique, sa personnalité séductrice, sa manière de s’adresser à ses auditeurs, ses inventions sonores et ses émissions créatives (génériques, montages et reportages inouïs, dont certains extraits sont diffusés dans le film), et son statut mystérieux, puisque comme quelques autres gloires technos, l’homme a toujours voulu rester anonyme, ou du moins sans jamais révéler son visage. Jacqueline Caux l’a tout de même rencontré et le décrit ainsi comme un « Socrate noir », en référence au philosophe grec qui s’adressait à ses disciples derrière un rideau. « Mais c’est plus encore un homme d’humour, joueur, classe et séducteur. Un homme doux, un poète, un type d’une grande conscience politique, et un esprit spirituel qui croit avant tout au pouvoir mystique de la musique ».  C’est sans doute grâce à cela, que cette figure légendaire, et fantasmée par ses auditeurs, a réussi à leur transmettre le feu sacré.

Une édition DVD est prévue fin 2008, courant 2009.

Ecoutez la voix et des extraits des émissions de Mojo sur Youtube :

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3 Responses to “THE ELECTRIFYING MOJO : SOCRATE NOIR”


  1. 1 Thierry 31 août, 2008 à 9:15

    Ouf enfin une édition prévue en DVD de ce documentaire ! J’y croyais plus…

    Thierry

  2. 2 Bubblemix 2 septembre, 2008 à 1:23

    Top !!! je l’attends avec impatience !

  3. 3 cold jackin 15 mai, 2011 à 5:21

    voilà un exemple recent de la puissance ‘detroit techno’avec blade runer d’omar s


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