Génération X : une courte histoire de la French Touch

Auteur : Jean-Yves Leloup
Texte publié à l’origine dans le catalogue de l’exposition « French Touch : Graphisme / vidéo / électro » présentée au Arts Décoratifs de Paris (Octobre 2012-Mars 2013)
 
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La génération X, qui désigne la génération sociologique des occidentaux nés au cours des années 1960 et 1970, a souvent souffert d’une image peu flatteuse. Cette génération, que l’on définit comme intercalée, pour ne pas dire coincée, entre celle des baby-boomers, heureux profiteurs des Trente Glorieuses, et celle plus moderne et connectée des digital natives, a souvent été associée aux figures et à l’esthétique du mouvement grunge. En quelque sorte, le rock aux guitares résonnantes et aux textures abrasives des Nirvana, Mudhoney et autres formations nord-américaines comme Soundgarden et L7, aurait été à l’image de certains jeunes occidentaux de la fin des années 1980 et des années 1990, à la fois insoumis et tire-au-flanc, sans repères et sans (grand) avenir, dont l’image et le destin se seraient incarnés, in fine, dans le geste désespéré et la figure martyre de Kurt Cobain.Lorsque le jeune rocker américain décède en 1994 à l’âge de vingt-sept ans, son suicide apparaît cependant pour beaucoup d’entre nous comme un geste absurde et pathétique, symbolisant l’agonie trop longtemps prolongée d’un rock exsangue, sans plus aucune emprise sur son époque. Car la génération X dont je fais partie, née tout comme Cobain à la fin des années 1960 (nous sommes nés à un an d’écart), possède bien peu de choses en commun avec le romantisme adolescent du mouvement grunge. La génération X dont je fais partie, c’est celle qui a vécu, pleine d’espoir, la fin de la guerre froide et les débuts utopiques de l’Internet et de ce qu’on nommait hier encore, la cyberculture. La génération X dont je fais partie, c’est celle de ravers, de clubbers, de DJ, de musiciens et d’amateurs de musique électronique pour qui le X n’est en rien le synonyme péjoratif d’une génération désenchantée ou en manque d’idéal, mais plutôt le sésame vers l’extase et l’euphorie (l’ecstasy, la drogue aux effets empathiques qui circulait dans les fêtes de l’époque était généralement désignée grâce à la lettre X).

Lorsqu’en 1994 donc, survient la mort dramatique de Kurt Cobain, le mouvement musical électronique auquel je participe en France depuis le début de la décennie (principalement en tant que journaliste pour la presse écrite et radio), encore très underground, peu reconnu, voire moqué par nos confrères de la presse culturelle dominante, est en passe d’accéder à une reconnaissance internationale inespérée et de connaître quelques belles années de succès, tant créatifs que commerciaux. Un phénomène, une période, un mouvement (ou peut-être plutôt une mouvance), une génération d’artistes, que l’on désigne communément sous le terme de French Touch. Grâce à ce phénomène qui apparaît à partir du milieu des années 1990, la France s’impose peu à peu sur l’échiquier mondial de la culture pop. Jusqu’au début de la décennie suivante, une génération de musiciens électroniques et de DJ nés entre 1965 et 1975, tous issus de la génération X, composent une multitude de singles et d’albums affiliés aux genres du trip-hop et de la house, qui touchent un vaste public, bien au-delà des frontières de l’hexagone, tout en bénéficiant d’une reconnaissance de la part de la presse internationale, et en particulier anglo-saxonne. « We give a french touch to house »Le terme de French Touch a semble-t-il plusieurs origines. Il fait tout d’abord référence au slogan, « We give a french touch to house » (nous apportons une touche française à la house music), adopté par le label F Communications, qui figure parmi les premières maisons de disques indépendantes à exporter, notamment vers l’Angleterre, la créativité des musiciens électroniques français. Mais l’originalité du terme vient avant tout du fait qu’il induit un regard extérieur sur la création de notre pays. Selon Pedro Winter, ancien manager des Daft Punk (le groupe le plus emblématique de cette période), l’expression aurait été utilisée « par le magazine anglais Muzik lorsque celui-ci a choisi, en 1997, de faire sa couverture sur la scène électronique française ». En consultant nos archives, nous n’avons toutefois pas réussi à vérifier cette information, pourtant reprise par de très nombreux sites internet. Selon d’autres sources, elles aussi très présentes sur le Net, le terme été aurait pour la première fois utilisé par le journaliste Martin James dans une chronique dédiée au « Super Discount EP » d’Etienne de Crécy, paru dans le Melody Maker en 1996. Interrogé à ce sujet, Martin James, par ailleurs auteur en 2003 du livre French Connections – From Discotheque To Discovery (Sanctuary Publishing) déclare avoir « probablement utilisé ce terme auparavant dans le magazine Generator, dans un texte consacré aux productions de The Mighty Bop (formation de Christophe Le Friant, futur Bob Sinclar, NDR), et sans doute à la même époque dans le mensuel Muzik ».

Vous pouvez retrouver la suite  et la majeure partie de cet article dans le livre « MUSIQUE NON-STOP : POP MUTATIONS ET RÉVOLUTION TECHNO », disponible à partir du 22 mai 2015 aux Éditions Le Mot Et Le Reste.

Site de l’éditeur

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