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Un art numérique de sensations pures

Dans le cadre du festival Nemo, le Centquatre de Paris présente jusqu’au 15 décembre une exposition intitulée Trouble Makers : sensation versus digital, composée de huit installations d’un «art contemporain numérique», débarrassé de la débauche technologique dont cette discipline a si longtemps fait preuve. Bienvenue dans un univers sensoriel dans lequel nos perceptions sont mises à rude épreuve !
La silhouette d’un spectateur, perdu au sein du brouillard de Zee de Kurt Hentschläger.

La silhouette d’un spectateur, perdu au sein du brouillard de Zee de Kurt Hentschläger.

Zee, l’installation de l’artiste autrichien Kurt Hentschläger, constitue une forme d’expérience sensorielle ultime. À son arrivée, le visiteur pénètre une pièce plongée dans un brouillard d’une extrême densité. Rapidement, il est soumis à un dérèglement total de tous les sens. D’abord, il semble comme flotter dans un espace d’un blanc immaculé, puisqu’il ne peut percevoir les dimensions de la pièce (la visibilité étant réduite à une dizaine de centimètres). Mais surtout, il est pendant plus de dix minutes la proie de douces hallucinations visuelles, provoquées par le scintillement d’une lumière stroboscopique soutenue par un grondement sonore au timbre tellurique. La fréquence du scintillement stroboscopique, en résonance avec la fréquence propre à chaque cerveau, provoque en effet une série d’hallucinations visuelles, formes géométriques circulaires et fractales pour les uns, entrelacs de lignes droites et variations de couleurs pour les autres.

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Conférence : De l’art numérique à la musique électronique : existe-t-il une culture digitale ?

De l’art numérique à la musique électronique : existe-t-il une culture digitale ?

mois du numérique

Une nouvelle conférence de Jean-Yves Leloup, présentée le samedi 5 octobre 2013 à 17h à la Médiathèque Georges Pompidou de St-Leu La Forêt (95, Val d’Oise), dans le cadre du Mois du Numérique. Entrée libre.

Dans cette conférence illustrée en sons et en images, le journaliste et auteur, Jean-Yves Leloup, évoquera l’émergence d’un nouvel art numérique, né au tournant des années 2000, dont la vitalité et l’esthétique puise ses racines dans la révolutions de la musique électronique, apparue il y a vingt-cinq ans en France.

Du graphisme à la vidéo, en passant par la nouvelle vague du live audiovisuel et du video-mapping, le tout sans oublier la chorégraphie et le spectacle vivant, l’auteur du livre Digital Magma (réédité en mars 2013 chez Le Mot Et Le Reste) évoquera les nouvelles et dernières mutations de notre paysage artistique et culturel.

 

Programme complet de la manifestation à télécharger ici.

Génération X : une courte histoire de la French Touch

Auteur : Jean-Yves Leloup
Texte publié à l’origine dans le catalogue de l’exposition « French Touch : Graphisme / vidéo / électro » présentée au Arts Décoratifs de Paris (Octobre 2012-Mars 2013)
 
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La génération X, qui désigne la génération sociologique des occidentaux nés au cours des années 1960 et 1970, a souvent souffert d’une image peu flatteuse. Cette génération, que l’on définit comme intercalée, pour ne pas dire coincée, entre celle des baby-boomers, heureux profiteurs des Trente Glorieuses, et celle plus moderne et connectée des digital natives, a souvent été associée aux figures et à l’esthétique du mouvement grunge. En quelque sorte, le rock aux guitares résonnantes et aux textures abrasives des Nirvana, Mudhoney et autres formations nord-américaines comme Soundgarden et L7, aurait été à l’image de certains jeunes occidentaux de la fin des années 1980 et des années 1990, à la fois insoumis et tire-au-flanc, sans repères et sans (grand) avenir, dont l’image et le destin se seraient incarnés, in fine, dans le geste désespéré et la figure martyre de Kurt Cobain.Lorsque le jeune rocker américain décède en 1994 à l’âge de vingt-sept ans, son suicide apparaît cependant pour beaucoup d’entre nous comme un geste absurde et pathétique, symbolisant l’agonie trop longtemps prolongée d’un rock exsangue, sans plus aucune emprise sur son époque. Car la génération X dont je fais partie, née tout comme Cobain à la fin des années 1960 (nous sommes nés à un an d’écart), possède bien peu de choses en commun avec le romantisme adolescent du mouvement grunge. La génération X dont je fais partie, c’est celle qui a vécu, pleine d’espoir, la fin de la guerre froide et les débuts utopiques de l’Internet et de ce qu’on nommait hier encore, la cyberculture. La génération X dont je fais partie, c’est celle de ravers, de clubbers, de DJ, de musiciens et d’amateurs de musique électronique pour qui le X n’est en rien le synonyme péjoratif d’une génération désenchantée ou en manque d’idéal, mais plutôt le sésame vers l’extase et l’euphorie (l’ecstasy, la drogue aux effets empathiques qui circulait dans les fêtes de l’époque était généralement désignée grâce à la lettre X).

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Conversation croisée : musique, pratique et esthétique numérique

À l’occasion de la sortie de leurs deux essais « Musiques numériques, essai sur la vie nomade de la musique » (Joseph Ghosn, Seuil) et « Digital Magma, de l’utopie des rave parties à la génération MP3″ (Jean-Yves Leloup, Le Mot Et Le Reste), les deux auteurs, journalistes et musiciens (à leurs heures) ont débattu, sous forme de conversation croisée, de l’impact esthétique de la révolution numérique dans le domaine de la création musicale comme celui de l’écoute.

À voir en vidéo

Ces deux essais, qui tentent de lire notre histoire culturelle à travers le prisme de la musique, se répondent et se croisent en effet autour de nombreuses questions. Dans Musiques Numériques, Joseph Ghosn démontre que le MP3 et l’Internet ont entraîné, non pas la mort de la musique, mais son nomadisme, ou encore son éclatement en réseaux hétéroclites et en nouveaux espaces d’écoute, de pratique, de diffusion. Quant à Jean-Yves Leloup, il évoque les mêmes thématiques, dont il retrace les origines à travers l’histoire des avant-gardes et plus encore à travers l’émergence de la musique électronique, du mouvement techno et du phénomène des raves parties, apparus il y a plus de vingt-cinq ans.

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Joseph Ghosn : 
Après avoir été directeur éditorial des éditions digitales du groupe Condé Nast (GQ, Vogue, Glamour…) et reporter aux Inrockuptibles, Joseph Ghosn, né au Liban en 1971, est aujourd’hui rédacteur en chef d’Obsession, le mensuel du Nouvel Observateur. Musicien à ses heures, il est diplomé de Sciences-Po et d’un DEA commun de Normale Sup et l’EHESS. Il a déjà écrit trois livres : une biographie de Nino Ferrer (Du Noir Au Sud, chez Calmann-Lévy), un essai sur le compositeur La Monte Young (Le Mot et le Reste) et un recueil de ses chroniques BD (Romans Graphiques, 101 propositions de lecture, Le Mot Et Le Reste).

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Jean-Yves Leloup : 
Auteur, DJ et artiste sonore français, Jean-Yves Leloup a suivi l’évolution de la musique électronique depuis son émergence en Europe à la fin des années 1980. Témoin privilégié de la scène électronique, il s’intéresse parallèlement à l’art contemporain et aux technologies numériques.
Il est l’auteur de l’ouvrage en ligne Les Basiques : La musique électronique (2012) et le co-auteur du livre Global Techno (2000, 16e Grand Prix de Littérature Musicale de l’Académie Charles Cros).

Joseph Ghosn « Musiques numériques, essai sur la vie nomade de la musique » (Seuil, 2013)

Jean-Yves Leloup : « Digital magma, de l’utopie des rave parties à la génération MP3″ (première édition, 2007, Scali, édition revue et augmentée, 2013, Le Mot Et Le Reste)

LA FABULEUSE ÉPOPÉE DE LA HOUSE

Disquaire Gramophone, Chicago, 1998 (c) P-E Rastoin.

Disquaire Gramophone, Chicago, 1998 (c) P-E Rastoin.

Retrouvez sur Dailymotion une table ronde organisée par le magazine Gonzaï, autour de l’histoire et  l’évolution de la house, de la scène rave et techno, des années 1990 à nos jours

Le 15 mai dernier, j’étais invité à participer à une table ronde, organisée sur le plateau média de La Gaîté Lyrique à Paris, aux côtés de deux pionniers français, Manu Casana, premier organisateur de raves en France, et Christophe Monnier, un des premiers compositeurs du genre. Une belle discussion que vous pouvez retrouver ici, en vidéo.

La Fabuleuse Epopée de la House (Party 2)

La première partie de ce plateau rassemblait quant à elle le journaliste et activiste Didier Lestrade, le musicien électronique Arnaud Rebotini et le rédacteur en chef adjoint de Technikart, Benoît Sabatier. Cette émission est aussi visible sur Dailymotion.

La fabuleuse épopée de la house (Party 1)

Global Techno Story (1968-2013) : une conférence de Jean-Yves Leloup dans le Val d’Oise

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Dans le cadre du festival « Les Printemps sonores » , la médiathèque d’Eaubonne propsoe une conférence musicale originale animée par Jean-Yves Leloup auteur des livres « Global Techno » et « Digital Magma » (Le Mot Et Le Reste) et journaliste pour le magazine Tsugi,

Dans cette conférence richement illustrée en son et en images, Jean-Yves Leloup évoquera les grandes étapes de l’histoire de la musique électronique, de Pierre Henry à Daft Punk, de la disco d’hier à la minimale techno actuelle, de l’Allemagne des seventies à l’Afrique d’aujourd’hui. Il abordera par ailleurs l’histoire, l’émergence et l’évolution des clubs, des raves et des événements qui ont façonné au cours des dernières décennies, cette culture désormais globale.

Samedi 20 avril 2013 à 17h30 – Médiathèque intercommunale Maurice Genevoix place du 11 novembre Eaubonne – gratuit mais réservation obligatoire au 01 39 59 06 44.

 

En savoir plus sur la manifestation Les Printemps Sonores.

Simon Reynolds : 30 ans de critique musicale

Bring The Noise

Révélé en France avec Rip It Up & Start Again (Allia), consacré au postpunk et à la new wave, Simon Reynolds, l’un des meilleurs journalistes musicaux actuels, a publié en 2011, Retromania (Le Mot Et Le Reste, 2012), un brillant essai dans lequel il s’interrogeait sur la nature nostalgique de la pop music et les effets esthétiques de la révolution numérique. En ce printemps 2013, les éditions du Diable Vauvert publient quant à elle la traduction française de Bring The Noise : 25 ans de rock et de hip-hop, publié à l’origine en 2006. L’occasion était donc toute trouvée  d’évoquer ses livres et ses trente ans d’écriture sur le rock, l’électro ou le hip hop, dans cet entretien réalisé en mars 2012 (publié en version courte dans Tsugi Magazine). On y parle entre autres de new wave, de grime, de garage-rock, de rave parties, de dubstep, d’euro-dance, de jouissance, de Derrida, de Kristeva ou du thème de la nostalgie…

Une rencontre est organisée avec l’auteur le 27 mars 2013 à 19h au Thé des écrivains, 16 rue des Minimes dans le 3e à Paris. Facebook Event.

À lire sur le même sujet et du même auteur  : Comment Internet a transformé notre amour de la musique ?

Jean-Yves Leloup : Le slogan des amateurs anglais de Northern Soul, « Keep the faith » (garder la foi) » me semble assez représentatif de cet esprit rétro, de cette atmosphère de nostalgie d’une musique incarnant l’âge d’or d’un genre musical, qui flotte actuellement sur la scène musicale, et que vous évoquez dans Retromania. Vous concernant, après plus de trente ans d’écriture sur la pop, le rock, l’électro ou le hip hop, avez-vous gardé la foi ? Ou l’avez-vous déjà perdu et en quelles circonstances ?

Simon Reynolds : Par défaut, je suis un insatisfait. Au milieu des années 1980, après la période du postpunk, il y a eu un moment pendant lequel la scène musicale, stagnante, ne semblait aller nulle part. J’ai écris à l’époque des choses qui ressemblent beaucoup à ce que je décris dans Retromania. Finalement, je me suis souvent plaint de la musique et de l’état de la scène musicale. Cela alterne avec des périodes obsessionnelles, pendant lesquelles je suis totalement excité par un artiste, ou une tendance particulière.

Est-ce à dire que vous avez commencé à écrire, au milieu des années 1980, par réaction à la musique dominante de l’époque ?

Oui, j’ai d’abord commencé dans le fanzinat et, à l’époque (vers 1984, NDR), nous avions une attitude très négative, très critique, vis-à-vis de la déroute du postpunk, qui selon nous n’allait plus nulle part, regardait trop dans le rétroviseur. J’ai toujours été une sorte de grincheux, mais mon comportement obéit sûrement plus à une forme de névrose maniaco-dépressive. Totalement maniaque pendant des périodes données, comme le postpunk (1978-84, NDR) ; la fin des années 80, avec le hip hop de l’époque et des groupes comme My Bloody Valentine ; et enfin la période rave.

De manière générale, je suis avide de nouveautés, je vais très vite de l’avant. Mais à l’évidence, nous traversons aujourd’hui la période la plus régressive depuis longtemps. On ne sent pas de vraies directions. La musique se répète, recycle inlassablement. J’espère que cela va changer (rires), mais je crois que ma dernière grande mania, et la dernière grande période d’évolution et d’invention, fût le Grime anglais vers 2002-2004, ainsi que certaines des productions hip hop américaines qui paraissait alors futuristes, pleine d’énergie et d’agression. Le Grime a représenté pour moi une sorte de « black british punk ». C’est une musique très énergique, tout en étant sociale. Cette musique aurait davantage fait sens si elle était apparue plus tard, comme la bande-son des émeutes en Angleterre de l’été dernier. Je ne crois donc pas avoir jamais perdu la foi. Je suis plutôt à la recherche d’une musique qui puisse justifier ma foi en elle. Je suis à la recherche d’une raison pour croire.

Dans l’histoire du journalisme musical, on retrouve souvent cette posture d’écriture critique. On commence sa carrière, on prend souvent la plume en réaction à une certaine presse, ou un certain état de la musique.

Il y a chez le journaliste musical, particulièrement britannique, cette constante dialectique entre l’amour et la haine. J’ai grandi là-dedans. Ceux qui m’ont inspiré n’étaient pas des journalistes mesurés, objectifs. Ils aimaient, ils détestaient, balançant constamment entre ces deux émotions. Le rock peut en effet parfois paraître abject et répugnant. Et parfois, il peut apparaître comme la chose la plus importante au monde. Quand je parle de « rock », je désigne bien sûr de musique populaire, la musique des jeunes, dans laquelle j’inclus l’électronique et le hip hop. Pour moi, tout ça reste une forme de rock and roll, même si l’électronique a souvent combattu certaines figures, certaines postures du rock.  J’oscille donc constamment entre optimisme et pessimisme. Lire la suite ‘Simon Reynolds : 30 ans de critique musicale’



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